PERSAN
Volontiers, mon cher Bonnichon! quoique je sois peu disposé, dans ce moment, à protéger les autres.
BONNICHON
Et qu'avez-vous, mon cher maître, qui peut vous inquiéter? Ce n'est point la fortune ; ce ne sont point les amours. Quoi donc peut vous manquer?
DERSAN, inonlranl les papiers qu'il tient à la main.
Ce qui me manque? tiens, c'est un oncle, un oncle d'Amérique, dont j'aurais besoin, et voilà ce qui ne peut pas se, trouver.
BONNICHON
Et pourquoi donc, Monsieur ? à Paris on trouve tout.
Air : De sommeiller encor, machère.
Avec de bon billets de banque,
Tout est possible, en général;
Pour trouver l'oncle qui vous miuiquo
Vous avez là le principal.
Avec les parents les plus proches
On trouve peu d'écus comptants;
Avec des écus dans ses poches
On trouve toujours des parents.
Moi, je suis là,. disposez de moi; je suis votre grand-père, votre oncle, tout ce qui pourra vous faire plaisir.
DERSAN.
Eh non ! ce n'est pas le mien ; mais cehii d'une jeune orpheline que j'aime, que je voudrais enrichir malgré elle, et sans qu'elle s'en doutai.
IiONNICnON.
Raison de plus; du romanesque, de la sensibilité; je suis votre homme.
DERSAN, à part.
Au fait, qu'elle idée! ci- 1\I. Dupré n'était pas connu, (a Bonnichon.) Quoi ! vmimout , tu scrais homme à arriver de Saint- Domina:uo ?
SCÈNK iv. 99
BO.NMCHON.
De Saint-Domingue, d'Haïti! comme vous voudrez; de plus loin encore, s'il le faut; qu'est-ce que ça me fait! moi qui ai i'IialMtude des voyages, ça me change d'élément, et voilà tout, l'arrivé donc de Saint-Domingue, je reconnais manière, je lui lonne des millions, je vous enrichis, je vous marie, je vous îénis, et fouette cocher; ça va tout seul, conune sur une route royale.
DKRSAN.
11 a \m ton d'assurance qui me persuade malgré moi.
BONMCHON.
Ajoutez à cela que je suis grand amateur de spectacle, et pie je sais comment sont faits tous les oncles d'Amérique. Vabord, j'ai déjà le costume, car les oncles d'Amériqne comnencent toujonrs par reparaître déguisés aux yeux de leurs )arents étonnés et attendris. Je suis donc déguisé; j'ai le ton U'usque et sans façon, je suis franc, loyal, j'ai une canne, je luis millionnaire, c'est-à-dire je n'ai pas le sou, mais...
DfcnSAN.
Tiens, ce portefeuille que je portais à mon agent de change, roilà dix mille francs.
BONIMCHON, prenant.
Mien; et le portefeuille aussi! ils ont tonjours un porteeuille. Quand on verra de l'argent, on ne doutera pas de la )arenté; ce sont les pièces à l'appui. Après la lecomiais-^ance, rous serez le maître de rao i)ayer mes frais de représentation, i vous êtes content.
DKKSAN.
Mais esl-ce que tu sauras assez bien mentir?
BONNICIION.
J'ai déjà eu l'honneur de vous dire, Monsieur, que j'arrive le Hurdeaux. Comment s'appelle-l-elle, ma nièce?
DERSAN.
E>telle, Estelle Deschamps. Cet oncle se nommait Dnpré; icns, voilà l'extrait mortuaire, et la lettre que j'ai reçue.
BONNICHON
Bien, je vais étudier mon rôle; d'ailleurs, vous me souflle- •ez.
DF.IISAN.
Mui, rester ici! être témoin... j(* n'oserai jamais.
100 LOiNCLE DAMÉRIUUË.
BONNICHON
C'est juste, vous mo forioz manqnor ma réplique... l bien! laissez-moi, et loveiiiz dans un niouiont; c'est l'aflai d'un quart d'heure, une demi-poste. Un peu de sang-froid, menton dans la cravate , de la dignité , du tabac; justement viens d'aclieter une tal)atière en cln-ysocalc. Je parlerai, m'attendrirai, je raconterai mes naufrages; je peux bien n passer au moins un naufrage, pour la vraisemblance. J'o vrirai mes bras, elle s'y précipitera, et vous n'aurez pi qu'à marcher à l'autel , ou à vous y faire conduire en voituice qui est bien plus commode.
DKBSAK.
Allons, puisque je n'ai pas d'autres ressources, je m'aba donne à toi; mais de la prudence, des ménagements.
COiSMCHON.
Oui, Monsieur, nous irons d'abord au pas, ensuite le tro et nous verrons; ne vous éloigne/, pas.
|lERSA^.
Je ne sors pas de la maison.
KONMCHOX.
Dans un moment vous allez me trouver en famille.
hersan.
On vient; c'est elle , sans doute.
BUNMCHON.
Oui, mon cœur d'oncle me le dit, je l'entends qui pai déjà; la nature...
UKRSAN.
Adieu, je me sauve.