SCÈNE IV
Dl'RSAN.
Et qu'es-tu devenu, mon cher Bonnichon?
BONMCHON.
Monsieur, j'étais las des maisons bourgeoises. A la mort de monsieur votre père, je suis entré dans l'administration publi(iue, rue Notre-Dame-des-Victoires, les grandes messageries, J'avais quelques protections du côté des femmes; j'ai été nommé conducteur de diligences.
DKRSAN.
Dia])le! un bel état...
liOISMCHON. '
Un état superbe, un poste élevé, toujours sur l'impériale, toujours en course, sans bouger de place; voyageur sédentaire de Bordeaux à Paris et de Paris à Bordeaux, route de première classe, toujours du pavé, chéri des aubergistes et des marchands de comestibles, présidenl-né des tables d'hôte, entouré d'égards, de considération et de pâtés de Périgueux. Je passais mon temps à m'eiigraisser et à faire des réflexions pliilosophi(jues'; car que faire sur l'impériale, à moins d'y réfléchir? Ah! que de fois je me suis dit :
Ain (le Préville et Taconnct.
La ililif^encc et les célôrifércs M'olJ'rent l'aspect des États policés:
Je vols d'abord, dans les fonctionnaires, Les voyageurs, parl'ois un peu pressés.
Mais satisfaits, pourvu fpi'ils soient placés. Bon conducteur et lidéle à son poste.
Veillant toujours, de crainte île broncher,
Lo ministre, c'est le cocber.
Et l'bon bourgeois est le c1kv.i1 de poste Qui ne dit rien, et qui fait tout marcher.
Hélas ! Monsieur, je vous parle du temps de ma gloire ! mais ce n'est plus ça! la cabale, l'injustice... depuis quinze jours je suis à pied.
DEKSAN.
Tu es destitué ?
BONNICHON
Oui, Monsieur, sous prétexte* que j'allais trop vite, et que je •isquais de verser, (rest cependant comme cela qu'on ar- •ive; et je vous d'jnunde un peu, si l'un destituait tout ceux \\ù vont trop vite ? Vous me voyez tout démonté, tout démo-