‹ Théatre de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 113 sur 265 · ACTE m, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE VI

L*ABBÉ^ quittant U tablft i gauche et Tenant se placer entre Adrienne «t Miehonr.et, cf tournant des rubani autour d'un bouquet.

Nous sommes chez elle... dans sa petite maison, où elle avait^ pour ce soir, donné rendez-vous à M. le comte.

Que dites- vous?

MAURICE, voulant le faire taire.

Monsieur Tabbé!

L ABBÉ, toujours arrangeant de* bouquets

En tête-à-tête... Je le sais, et je commets là une indiscrétion, car nous ne devions rien dire avant souper, mais ici, entre amis^ je puis vous raconter Tanecdote.

MAURICE

Et moi, je ne le soufirirai pas !

L ABBÉ, terminant un bouquet.

Vous avez raison, M. le comte la sait mieux que moi, d'est à lui de vous la dire.

MAURICE, furieux. '

Monsieur!

Je la gâterais, tandis que le héros lui-même de Taventure. (A Adrienne.) Oscraf-jc offrir cc bouquct à Melpomène? Ah ! mon Dieu! quelle expression dans ses traits! quelle expression tragique ! regardez donc vous-même, monsieur le comte ! (L'abbd n^

tourne Tors la table du fond, i gauche.)

MICHONNET, avec eftroi.

Adrienne, qu'as-tu donc ?

ADRIENNE, s'efforcent de sonrire.

Moi? rien^ vous le voyez... désolée d'avoir interrompu l'aventure que monsieur le comte nous promettait...

MAURICE, passant près d'Adrienne.

Et qui ne mérite point votre attention, Mademoiselle, rien n'est plus faux.

L ABBÉ, redescendant près d'Adrienne.

Permettez... je ne dis pas que l^istpire soit neuve, mais elle est vraie.

MAURICE

Et moi je vous atteste...

l'abbé.

Vous en êtes convenu tout à l'heure devant moi... (Faisant nspai pour sorUr.) ct devaut M. Ic princc. qui va nous la redire...

178 ADRIÈNNB LECOtrVREtÈ.'

llAÛRtCE.

(Test inutile 1

C'est juste... ce pauvre prince, c'est assez d'une fois... et si le témoignage de mes yeux vous suffit...

ADRIE?<NE.

Vous avez vu?...

L ABBÉ, M rapprochant de la table, i faaebt*

Au moment où nous entrions dans cet appartement, mademoiselle Duclos s'enfuir.., dans celui-<}i... (MoatraM u p^it* à 4rwi«.) où elle est encore.

MIGHONNET, i pRt« ai fwd da théfttro.

Celui-ci...

l'abbé^ ratoanuBt i la table da ImO* à (anche.

C$ dont vous pottves vous assurer^

Moi ! (L'abbé lient de m rasseoir devant là m» en fond, i ganehe. Adrienne s'élance vers la porte à droite; Maarice, qai s'est placé dotant elle, la prend |af U BiMi il U ramène an. bord da théâtre.)

MAURICE

tttmot!

MICËONNETj qai est resté i droite, près de la porte da eabinet.

Je vais toujours m'assurer de mon répertoire, (ii entre donee-

ment clans l'AppsrUmeni à ciroiie pendant que ttaurice et Àdrienne redescendèht le théitrt.)

âCÉNË VU.

L'ABBÉ, près de la table, i lès bOtaqnétsi ADAIËNNI!^ MAURICE, sur le detant dd IhéltM «I toenitat le des à Habbé.

MAURICE, rapidement et i voix basse.

Une intrigue politique que ni l'abbé ni le prince lui-môme ne peuvent connaître m'a amené ici cette nuit... (Geste d'incrédtuii d'à* dxienne.) Mou avcuir eu dép^jud !

ADmBNNBi tt'wi air de «léffii.

Et mademoiselle Duclos...

MAUBICa^deMéme.

Elle n'est pas ici!... et ce n'est pas elle qoêfaimé..* Je lé jure surThonneur! me crois-tu?

ADAIEMIIB^ \èié hê fiai, le flfuiéi et, feprll M ikfliiit, IttI dlll

Oui!

ACTÇ m, SCiNE vm. 479

MAURICE^ lai tnnn\ 1» pvn «Tee joie.

C'est bien. H faut plus encore... il faut ppopêcber l'abbé d'entrer dans cette chambre og d'entrevoir la personne qui s'y trouve, pendant que moi. . (l'honneur et la loyauté me le commandent) je vais tenter, sans que nul s'en aperçoive, de protéger sa sortie, dussé-je gagner ou étrangler le cpQOierge 6t {aire 9aiiter ses verrous !

▲DRIENME.

Allez! je Teiilerai.

M AORIGE, atee tnnsport.

Merci, Adrîenne ! .. . Merci ! (i] lori pv <f f<»d.) SCÈNE YlII.

' L'ABBÉ, iMJMrs à tdile, I gudie ; ADRf BMNE, lenlt rar It devint da tlië&tre; à droite, fiiis MIGflONMET.

ADRIP99E,

Sur l'honneur! a-t-jl dit... sur l'honneur I Maurice ne pouiv rait pa.9 manquer à un pareil arment... j'ai 4û te croire!.., sinon.., c^ n^ serait plus lui..,

MICBOMNET, (|ih fiept é§ sortir ^ U porl^ * 4rpUe, ■*•?»€« f^r la p»Iptf da pMl U dit tout bas*

Adrienne... Adrienne... si tu savais quelle ayentiireMf

ADRIENnÇ^ avep distraeUon.

Qu'est-ce donc?

MICHORNET^ àToix^iiie:

Ce n'est pas la Duclos !

ADRIENNE^ à oart, tr eejoie.

Ilmeravaltdît!

MICHOISNET^ à foix htf te et ri«ii|,

Ce n*est pas la Duclos!

l'abbé, 86 levant de la ta^le et j'atan^nl fiTeipspty

Comment, ce n'est pas elle?

MICHONNET, allant an devan| d| lq|.

Silence !... c'est un secret.

l'abbé.

Qu'importe!... nous ne sommes que trois,,, et je ^^ compte pas ! je suis muet.

MICPONP^ET.

C'est ce que chacun dit toujours dans le comité, et cependant tout finit par se savoir.

480 ADRÏENNE LECOtJVREtJR.

L ABBÉ^ Tivement.

Ce n'est pas la Duclos!..: et le comte de Saxe qui nous a avoué lui-même que c'était elle... Qui est-ce donc, alors... qui donc?.,.

MICHONNET.

Je n'en sais rien... mais ce n'est pas elle,., je le jure,

l'abbé.

Vous l'avez vue?

HICHONNET.

Du tout!

ÂDRIENNE, Tifeintiil.

Cest bien

MlCHOimET.

Obscurité complète... comme si la rampe et le lustre eussent été baissés; mais j'avais, en entrant, rencontré une manche et une robe de femme, et persuadé, (Arabbé.) puisque vous me l'aviez dit, que c'était la Duclos... j'ai abordé sur-le-champ la question, et j'ai demandé, à tâtons, si, pour aider le répertoire, elle consentait à jouer demain Gléopâlre. La main que je tenais a tressailli, et une voix qui m'est inconnue s'est écriée avec fierté : « Pour qui me prenez-vous ? » Pour mademoiselle Duclos, ai-je répondu. A quoi on a répliqué à voix basse : « Je suis « chez elle, il est vrai, pour des intérêts que je ne puisi dire. » l'abbé.

Est-il possible!

MICHONMKT

« Mais, qui que vous soyez, » a continué la personne mystérieuse en baissant toujours la voix, a si vous me donnez les « moyens de sortir à l'instant de cette maison sans être vue, « vous pouvez compter sur ma protection, et votre fortune est « faite. )> Je lui ai répondu alors que je n*étais pas ambitieux, et que si je pouvais seulement être nommé sociétaire... Moi^ sociétaire!

l'abbé et ADRIEKNB, avM impaiienod.

Eh bien?

MICHONNET.

Ëh bien ! me voilà!... que faut-il faire?

L ABBÉ, patiant devant Michonnet et s*avaiiçant Ter* la pOHei

Savoir d'abord quelle est cette dame.

ADRÏENNE, se plaçant davant la porM.

Monsieur l'abbé^ y pensez-vous?

▲GTS m^ SGÈN2 IX. I8i

l'abbé.

Elle était ici avec le comte de Saxe^ je vous l'atteste.

Elaison de plus pour la respecter ! une pareille indiscrétion serait manquer à toutes les convenances... et vous^ un homme du monde ! ... un abbé !

l'abbé.

Cest que vous ne savez pas... je ne peux pas vous dire Tintérèt que j'ai à connaître cette personne... c'est pour moi d'une importance!...

ADRIBNNE^ k p«rt.

Maurice disait vrai.

L^ABBÉ^ i pari.

La princesse compte sur moi^ je lui ai promis^ et à tout prix...

(S fait aa pas ▼«» la porto.)

ADR1ENr<E.

Non^ monsieur l'abbé^ vous n'entrerez pas...

L ABBÉ9 d'an air suppliant.

Par hasard et sans le vouloir. ..

Non^ monsieur Tabbé, j'en appellerai plutôt à M. le prince lai-mème^ au maître de la maison^ qui ne permetlira pas que chez lui... .

L ABRÉy TÎTenaent.

Vous avez raison !... je vais tout dire au prince, qui sera en- :haDté! quel bonheur! quel hasard pour lui! la Duclos est innocente! complètement innocente... Il ne s'y attendait pas... ni

nous non plus... (Il sort par lo fond. Adri«niio l'uceompagne jusqa'à la porte et lo sait encoro des jeux pendkni r^zi Hicbonnel, qni était resté i gaache, traverse le tliéfltre Il leeoMKi I- ;iia el va se placer k droite.)

SGËNË IX.

ADRIENNE, MIGHONNET.

1 ADRIEMNE, redescendant le tkéltot.

, U s'éloigne!

MIGHONNET

Que veux-tu faire?

Délivrer cette personne quelle qu'elle soit... et la sauver.

MIGHONNET.

Pour moi?,..

T. m. il

482 ABRIENNE LEGOUYRBUA.

Non , pour un autre... à qui je Tal promis.

MICHONMET.

Encore lui!... toujours lui ! pourquoi te' mêler de pareilles affaires?

▲DR1ENIŒ.

Je le Yeux!

MICHOmiET.

n nefkut pas, nous autres comédiens, nous jouer aux grands seigneurs et aux grandes dames, ça nous porte malheur, i

Jeleveux!

MICHOMNET, d'an air résigna.

Cest différent... Puis-je au moins f aider^ f être bon k quelque chose?...

AmuENm.

Non... il Ta dit : penonne ne doit la Toir... (Éteignant les deux boa-

gies qni sont sor U table.) paS même moi !

MICHONNET, étonné.

Bh bien... eh bien... commentTeux-tu ainsi t'y reconnaître?...

ADRIENME.

Soyez tranquille! Voyez seulement au dehors si personne ne vient nous surprendre...

mCHONNET, avee eolWe.

C'est absurde!... (S« radoucissant.) J'y Tais... jV vais... (niortanto^ muX u perte du twà,)

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