ACTE n^ SGÂNE I. Î
CORINNE
Eh oui ! car ils se prosternent tous devant la puissance du feuilleton. Grâce à cette revue européenne et toute-puissante^ dans laquelle je daigne écrire^ tu peux les voir ici... dans mon salon... c'est à qui me fera la cour... et m'environnera d'hommages!... tels ou tels qui estiment fort peu mes vers, en composent à ma louange qui ne sont pas meilleurs! ou font éclater, pour moi, dans leur prose, un enthousiasme que je leur rends... dans la mienne ! Nous composons ensemble les anecdotes piquantes, les reparties spirituelles, que nous nous attribuons mutuellement; à tout propos, dans mes récits, j'ai soin de placer leur nom, à charge de revanche ; c'est ainsi qu*on devient une puissance, un centre, un astre, autour duquel gravitent d'autres étoiles, planètes ignorées dont M. Leverrier lui-même ne pourrait dire le nom, et qui aspirent toutes à s'en faire un; or, c'est dans mon salon que s'élaborent les renommées littéraires, que se préparent les élections académiques ! gloire et profit à mes amis, malheur à ceux qui n'en sont pas ! nous élevons les uns, nous empêchons les autres d'arriver ; pour les premiers, mon journal est un piédestal, pour les autres, une biarrière... c'est connu ! et grâce à ce double système, je tiens chacun dans ma dépendance par la crainte et par l'espoir! (a i» domestiqae qui entra
portant un paqoet de broehures.) Qu'CSt-Ce?... ah! dCS gaZCttCS, dCS rC- VUeS, des brochures... (Prenant le paquet de« marna do 4«meitiqiM qui aort «t en offrant i AnUmia.) En VCUX-tU?
Mon, vraiment ! (D'an air d'effroi.) Ck)mment ! tu vas lire tout cela?
CORINNE
Certainement ! il faut voir si l'on dit de moi du bien ou du mal, afin de rendre avec impartialité l'un et l'autre!
Mais c'est un travail!
CORINNE
Plus encore! Beaumarchais a dit : « La vie de l'homme de lettres est un combat! »
La femme de lettres est donc obligée d'être une Jeanne d'Arc I
CORINNE
A peu de chose près !
C'est terrible !
90 IS PUVF.
COMimE.
Non pas qne plusieurs ne s'en dispensent! mais moi 1 (j«toit 1m i^Mt tût un joornti qa'eiitt a oavert.) Nouvellês ecotéHêures, Afrique frw^ çaise,.. peu m'importe?
ANTOKlA^ M npproehtai d'«U**
Gela peut être intéressant !
CORIMHB.
Toi^ qui n*y tenais pas? (ÙMat.) < L$ minittre a reçu aujou/r- « d'hui des dépêchée du maréchal, appc/rUee par M* Albert « d'Angremmt', capitaine aum chasêewrs d^ Afrique. »
AMT0N1A. à ptit.
OeieiîilestàParfs!
GORIlflfE^ N retounitiil.
Qu'est-ce donc t
autoioa.
Rien!
COanfNB^ la rtfàrdial.
Ce trouble... cette émotion... il est évident que tu as quelque chose...
AflTOIflA^ eharebitti à loOfin.
Moi!.,.
COBn^MB.
Je dois m*y connaître!... on n'a pas écrit une demi-douzaine de romans^ sans avoir quelques notions... en théorie du moins! et je n'ai jamais vu un article de journal produire sur toi un pareil effet... voyons? qui peut, dans ces trois lignes, t'intéreaser aussi vivement? est-ce le maréchal ou le ministre? (u regardtnt.) Non ? scraitrce par hasard le jeune capitaine ? (Vojaot
AntonUqQi trenaitla.) Ah! tU le COnUaiâ?...
ANTONIA, cherehanl I M remattra.
Je ne vois pas pourquoi je te le cacherais.
CORINNE
Tu me le cachais cependant ! (VîTemant.) Voyons! Dis-moi tout! je n'ai rien pour aujourd'hui, aucune anecdote! Cela fera un chapitre pour mes mémoires... chapitre xvt, confidence d'Antonia^ ma meilleure amie.
Mais pas du tout... je ne le dirai rien, je n'ai rien à dire, ni à toi... ni... à la postérité... que cela ne regarde pas !
CORINNE
Si tu ne parles pas... j'arrangerai moi-même l'aventure... je