SCENE III
DESGAUDETS, CORINNE.
DESGAUDETS, qui vient de reeondnire Antonia, s'approoka da CoriaM qal leni toujours.
Je te dérange!... tu composes.
34 IM PUFp.
CORINNE^ se lefanl.
Non, mon père... quelques moto... qui plus tard serviront de jalons dans m^i vte,
DESGAUDETS.
Tu as donc bien peur dç rien en perdre?
ÇORIlmB.
Je n*en ai déjà que trop perdo^ et de mes plus beaut jours^ j'ose le dire.,,
DESGAtJDETS.
Comment cela? Je n*ai jamais contrarié en rien tes idées ni tes goûts. Certes^ j'aurais mieux aimé que tu eusses une aiguille^ qu'une plume à la main ! cela me faisait peirie de voir souvent ton doigt et surtout ta robe tachés d*encre.., mais c'était ta fantaisie... m'y suis-je opposé? non. J'aurais mieux ainjé ne recevoir chez moi que de bonnes gens, d'honnêtes gens, et mon ^a1on est le repdez-vous de tous les orgueils, de tous les ressentiments littéraires... tous amis qui se détestent; tempéraments poétiques et bilieux, que le succès d'autrui rend malades, que Tenvie dévore, et qui volontiers deviendraient borgnes, pour rendre un rival, aveugle. Voilà comme ils enleudent les lumières... (Test là ton entourage et ta cour... Cela te convient? y trouverais-je à redire? non! car avant tout j'ai voulu que tu fusses heureuse ! et le bonheur, selon toi... c'est la libertél
CORINNE
Non, mon père!
DESGAUDRTS*
Tu me l'as dit cent fois.
COROmE.
Non, mon père!
DESGAUDRS*
Je l'ai lu dans tous tes vers!
CX>BliafB.
Ce n'est pas une raison. U y a d'autres bonheurs encore, et c'est à ce sujet que j'ai désiré avoir, avec vous, un entretien
sérieux !
ftESGAODm,
Je t'écoute !
CORINNE
J'ai vingt-deux ans, mon père!
DESGAUDETS.
Tu crois?
J« réemais encote hier dans mes mmoires I
MSGAUDBTi.
Si tout y est de la même exactiudel—
Je vous répète, moa père, que j'ai yingtrdeux ans.
DESGAUBETSf
âoit! je le Tettx bieaU.. coaYenoiis-eiu«« voilà tout. CTesi cou- Venu!
CORINNBj «TM Cvree.
Je les ai !
Oni^ certes!
Et vons ne songez pas à me mari^f
HfcSGAlTBETS»
fii tniment* Maista fsHnes Umn les paitiSi
coaimn!.
1) ne s'en |iréseftte point de convenable!
BfiSGAUDETS.
Gresltftfamel
CORIffRE.-
CTest la vôtre ! Pounjnoi dites-vous, partout^ qoe vous ne me domiersE pas de dot!
IfESOkVtftfS.
Parce que telle est mon intention ! A quoi sert d'avoir dans sa famille une merveille^ une mose^ une Sapho... s*il me faut prosa!qneroe!tt donner cent mille étus à tm gendre, potir qu'il eonsente à t)rendre mon illustre fille. Il aurait donc son talent^ son itnraense talent pour rien et par dessus le marché. Est-ce jn«te? EsNse que, poéliqttement parlant, cette idée seule ne llndigne pa^?
êOKtVfffÈ,
CSeqni m'indigne, mon pèfèf, ce sont les prététîes que je vous vois prendre pour vous cacher à vous-ttiêmes la vérité ! Ce qui m'Indigne, mon pènre, ë'eÉi cette soif de fortune qui vous porte à thésaurise^ sans cesse !
DKSGAUDGTS.
Mol!
coftnWÊ.
Oui^ possesseur de plusieurs millions, il vous est plus doux dô
contempler votre or, que de voir le bonheur de votre fille, et si jusqu'ici le respect m'a fermé la bouche, ne croyez pas que depuis longtemps je n'ai pas souffert de votre... de votre...
DBS6A0DETS, voyant qn'elle l'arrêlfl.
Achève... et dis comme tout le monde... de mon avarice, n'est-ce pas? J'espérais, avec toi, du moins, ne pas être obligé de me justifier; mais puisque lu m'y forces, apprends donc un secret que tous ignorent... que toi seule connaîtras^ et que je te défie de révéler... ce sera ta punition!
COBiraiE, interdite.
Que voulez-vous dire?
DES6ÀUDETS.
Assieds-toi là. Nous étions deux frères, Alexandre et César Desgaudets. Nous avions, jeunes encore, un fort joli patrimoine, cinq ou six mille livres de rentes. Moi, garçon, je trouvais que c'était assez. Alexandre, mon frère aîné, n'était pas de cet avis, il était ambitieux; il pensait qu'on ne pouvait jamais arriver ni trop vite ni trop haut; qu'il fallait pour exister, une fortune de prince. Tu vois qu'il avait devancé son siècle, et qu'il était <ligne de vivre dans celui-ci. Il m'embrassa et partit pour Chandernagor ou Calcutta, que sais-je? pour faire sauter la compagnie des Indes et devenir rajah, pour le moins; la vérité est que je n'entendis plus parler de lui. Quant à moi, qui aimais le repos, le bien-être, le confortable , je menai la vie de garçon et de rentier la plus heureuse, m'accordant, jusque dans leurs dernières limites, toutes les jouissances que peuvent donner six mille livres de rentes ! il y en a beaucoup, même, pour un sage! Ce fut là mon bon temps! Par malheur, l'amour vint tout gâter. J'épousai une femme sans fortune... et bientôt nos charges augmentèrent, car nous eûmes d'abord une fille, Corinne Desgaudets, ici présente, puis d'autres enfants que j'ai perdus... puis ta pauvre mère toujours souffrante et malade. Il
y a de cela plus de Vingtrhuit ans. (Vvynt Corinnb ^i fait nn geste, al
i*interronpant) Nou, viugt-dcux !... c'cst couvcnu! Dcpuis cc tcmps, je m'habituai à économiser, non pour moi, mais pour vous; ob bien-être intérieur, ce. confortable que j'aimais tant, j'y renonçai, avec peine, je l'avoue; mais je me disais : J'en serai récompensé par l'estime du monde et de mes amis. Erreur!... garçon, l'on m'accueillait; père de famille, chacun me ferma sa poTl**!
▲GTE Jly SUENE III. 37
CORINNE
Ah! c'est indigne!
DESGAUDETS.
D'accord ! mais le inonde est ainsi fait. (Test depuis ce jour-là^ mon enfant, que je suis devenu philosophe! philosophe pratique du plus haut étage... et dans ma mansarde, oubliant et oublié, bien des années s'écoulèrent ainsi : lorsqu'un matin, des journaux allemands annoncent qu'Alexandre Desgaudets, .qui avait fait une fortune immense, vient de mourir au fond de la Hongrie, laissant un héritage de trois millions... Les journaux de Paris le répètent, et chacun se dit : Mais j'ai connu autrefois César Desgaudets, son frère... quel bon vivant! quel aimable jeune homme ! et quel cœur dévoué... quel excellent père de famille ! — C'était mon ami intime. — Et à moi aussi !
— Savez-vous ce qu'il est devenu ? — Non vraiment. — Ni moi!
— Ni moi ! — Je parais, en ce moment^ descendant de ma mansarde ! ceux qui ne me regardaient plus me reconnaissent. Les poignées de mains^ les invitations , les dîners m'accablent de tous côtés... J'avais retrouvé mon confortable et tous n^es amis d'autrefois!... que dis-je? cent fois plus encore ! Comme dans toutes les restaurations, ils avaient germé et pullulé pendant l'interrègne. Et le crédit que l'on m'accordait déjà, et le salut fraternel des grands capitalistes!... et le sourire des jolies femmes!... je me laissai faire. J'acceptais toutes les amitiés sans me laisser éblouir^ et tous les dîners sans me laisser enivrer... je t'ai dit que j'étais devenu philosophe. Et abandonnant pour quelques mois ma nouvelle cour, je me rendis en Hongrie^ pour liquider l'héritage de mon frère Alexandre.
CORINNE
Les trois millions...
DES6AUDETS. . ..
Oui, mon enfant; mais, hélas...
CORINNE
11 n'avait pas trois millions ?
DEStiAUDETS.
Si vraiment... à peu près. Mais en payant les legs particuliers, qui étaient considérables, les dettes, qui l'étaient encore plus, et surtout les droits de succession dus au gouvernement autri-> chien, car il en coûte très-cher pour mourir en Autriche, je vis bientôt, moi qui me connais en affaires, qu'il ne resterait à peu près rien au légataii^e universel.
T. ui.
38 l'B PUFF.
CORINNE
Rien ! grand Dieu !
DESGAUDETS
Que cet hôtel à Paris... petit hôtel charmant... qu frère avait fait acheter, de loin , dans Fintention d'y fi jours; mais qu*il n*a?ait jamais habité, et qui, à peine i demandait des réparations... de grosses réparations!...
C'est \rail
DESGAUDETS.
Ce qui eût absorbé mes six mille livres de rentes. Le dans ce quartier éloigné^ et dans Tétat où il est, ajoutait ma fortune, trahissait à tous les yeux ma véritable posit ine livrait, de nouveau, aux dédains ou à Tindififérc Famitié. Je regardai autour de moi , et je me dis : D siècle, où la vérité est passée de mode et où personne n' usage, pourquoi m'enservlrais-je? qui m'oblige à la dir veulent absolument que je sois héritier de trois millions suis pas forcé de les éclairer, encore moins de leur ra mes affaires de famille. Aussi à mon retour, je gardai lence absolu. Je minstallai dans cet hôtel, où je repris h de vie que je menais dans ma mansarde. Je ne changeai mes anciennes habitudes d'économie, qu'aujourd'hui ils lent tous de Favarice
CORINNE
Ociell
DESGAUDETS.
A commencer par ma fille! mais, qu'en est-il résulta économe... on daignak à peine me regarder... moi chacun me salue. Quand j'avais une vertu, on s'éloigi moi... je me suis doté d'un vice... et partout l'on m'hom
(Il se lèTe.^
CORINNE, M levant ausi.
Eh ! qu'y gagnez-vous, de grâce î
DESGAUDETS.
Ce que j'y gagne!... c'est qu'en ce siècle, où il y a d'amis, j'en rencontre à chaque pas ! c'est qu'on me c'est qu'on me caresse , c'est qu'on m'invite ! pas une fct une soirée où je n'assiste! je vais partout et né reçois jaii c'est tout simple... je suis avare! ! ! ce que j'y'gagnie ! c'es fréquentant les geu» du grand monde, je puis, sans qu'o