ACTE I. SCÈNE I. H
LA PRINCESSE
Des scrupules... à vous, Tabbé!... Et vous disiez qu'il n'y avait riea de nouveau?... (Se levant.) Achevez donc!... Aussi bien, ma toilette est terminée... et je n'ai plus que dii minutes à vous donner...
l'abbé.
Eh bien! Madame... puisqu'il faut vous le dire, vous, petitefille de Sobiesky, et proche parente de notre reine, vous avez pour rivale mademoiselle Duclos, de la Comédie française
L PRINCESSE
En Vérité!
l'abbé.
C'est la nouvelle du jour... Tout le monde la connaît, excepté vous, et comme cela peut vous donner un ridicule... je me suis décidé, malgré l'amitié que me porte M. le prince de Bouillon, votre mari, à vous avouei...
LA PRINCESSE
Que le nrince lui a donné une voilure et des diamantsl
l'abbé.
C'est vrai !
LA PRINCESSE
Et une petite maison...
l'abbé.
C'est vrai !
LA PRINCESSE
Hors les boulevards de Paris, à la Grange-Batelière,
l'abbé, étonné.
^ Quoi! princesse, vous savez?...
LA PRINCESSE
Bien avant vous, Bien avant tout le monde!... Écoutez-moi, mon gentil abbé, le tout pour voire instruction. M. de Bouillon, mon mari, quoique prince et grand seigneur, est un savant : il adore les arts, et surtout les sciences. Il s'y était adonné sous le dernier règne.
, l'abbé.
Par goût?...
Non ! pour faire sa cour au régent, dont il s'efforçait de devenir la copie exacte et fidèle; il s'est appliqué, comme lui, à la chimie, il a, comme lui, un laboratoire dans ses appartements, que sais-je? Il souffle et il cuit toute la journée; il est en cor-
418 ADRTEN«fE LacOtTVREtm.
respondance réglée avec Voltaire, dont il se dit rélèye. Ce n es% plus le bonrgeois gentilhomme, c'est le gentilhomme bourgeois qui prend un maître de philosophie... toujours pour ressembler au régent... Et vous comprenez que, voulant pousser rimitation aussi loin que possible, il n'avait garde d'oublier la galanterie de son héros... Ce qui ne me contrariait pas excessivement... Une femme a toujours plus de temps à elle... quand son mari est occupé... et pour que le mien, mAme infidèle, restât dans ma dépendance, j'ai pardonné à la Duclos, qui ne fait rien que par mes ordres, et me ttent au fait de tout. Ma protection est à ce prix, et vous voyez que je tiens parole !
l'abbé.
C'est admirable ! Mais, qu'y gagnez-vouâ, princesse?
LA PRIMCESSR.
Ce que j'y gagne?... C'est que mon mari, craignant d'être découvert, tremble devant la petite-fille de Sobiesky dès qu'elle a un soupçon... et j'en ai quand je veux... Ce que j'y gagne? c'est qu'autrefois il était très-avare, et que maintenant il ne me refuse rien! Commencez-vous à comprendre?...
l'abbé.
Oui, oui... c'est une infidélité d'une haute portée et d'an grand rapport !
LA PRINCESSE
Le monde peut donc me plaindre et gémir de ma position, je m'y résigne, et si vous n'avez, cher abbé, rien autre chose à m'apprendre. - .
l'abbé, timidemoit.
Si, Madame! une nouvelle...
la princesse, lonriaoU
Encore une I
l'abbé, de iD6me«
Qui me regarde personnellement... et celle-là, je crois être sûr que vous ne vous en doutez pas... C'est que... c'est que...
LA PRINCESSE, gaiement.
C'est que vous m'aimez!
l'abbé* Vous le saviez!... Ëst-il possible!... Et vous ne m'en disiez rien l
LA PRINCESSE
)e n'étais pas obligée de vouus VAumnccr.^
• AGIS l, SCÈNE n« iiO
L ABBÉ, «vtic eftaleur.
Eb bien ! oui... C'est pour vous que je me suis fait Tami intime de votre mari ! Pour vous, je suis de toutos ses parties ! Pour vous, je vais à l'Opéra et chez la Dnclos ! Pour vous, je vais à rAcadémie des sciences! Pour vous, enfin, j'écoute M. de Bouillon, dans ses dissertations sur la chimie, qui ne manquent jamais de m'endormir I
LA PRINCESSE
Pauvre abbé !
L^BBÉ.
C'est mon meilleur moment!... je ne Tentends plus... et je rêve à vous!... Mais, convenez-en vous-même, un tel dévouement mérite quelque indemnité, quelque récomj)ense...
LA PRINCESSE, «ouriant.
Oui, l'on vous a souvent donné, à vous autres abbés de boudoir, pour moins que cela ! Mais, dussiez-vous crier à Pingratilude, je ne peux rien pour vous en ce moment.
L ABBÉ, vivement.
Ah ! je ne vous demande pas une passion égale à la mienne ! cVst impossible!... Car ce que j'éprouve pour vous, c'est une adoration, c'est un culte !
LA PRINCESSE
Je comprends, l'abbé, et vous demandez pour les frais du... Impossible, vous dis-je... mais, silence, on vient... C'est mon mari et madame la duchesse d'Aumont... N'avez-vous pas aussi quêté de ce côté-là?... •
L^ABBÉ
La place était prise...
LA PRINCESSE
C'est jouer de' malheur... (a part.) Ce pauvre abbé arrive touours trop tard.