SCÈNE VI
LE VICOMTE, sur un fauteuil, tenant toujours le liïre des voy;igeurs, et tournant le dos à de Guihcrt ; DE GUIBEHT, entrant par le fond ayec COQUENET.
DE GUIBERT, entrant en riant, et tenant Coqucnel par la main.
C'est toi, Coquonct, loi^ que j'ai rencontré en descendant de voiture... Comme on se retrouve! qui mV-ùt dit qut; le voyage de Dieppe présenterait d'abord Pylade aux yeux (rOrcslc !
Depuis quinze ans que nous ne nous sommes vus !
DE GUIBERT
Chez maître Durand, notre avoué .. à Tétude où je faisais des romances... et madame Durand... te rappelles-tu madame Durand?... et Didier, le maître clerc... mais je me tais... parce que de ce teuips-là, déjà, vous m'accusiez d'être mauvaise langue et satirique comme Juvéïial... Toi, c'est diiïérent... tu as toujours été bon enfant... physionomie candide traduite de l'allemand .. naturel excellent et inoffensif.
COQUEINET.
Tu es bien bon !
DE GUIBERT, riant toujours.
Tu croyais toujours tout ce qu'on te disait... es-tu marié?
COQUENET.
Poui'ciuoi me demandes-tu cela?
DE GUIBERT, riant.
Je te demande : Es-tu marié?... Le tout pour s'amuser...
COQUENET.
Moi le mariage ne m'amuse pas beaucoup ! attendu que madame Coquenet m'a gratifié de quatre enfants.
DE GUIBKirr, riant.
Qui te ressemblent.... j'en suis sûr...
COQUENET.
Les avis sont partagés... elle m'en fait espérer un cinquième... et quoique j'aie quelque fortune... quoique je sois. Dieu merci, un des plus imposés du dépavieinent... tu comprends qu'avec cinq enfants, un pauvre propritHaire n'est jamais riche; aussi je ne rêve qu'aux moyens d'avoir quelque bonne place... J'avais là une pétition pour notre député... qui ne l'est plus.
DE GUIIiEIlT.
Est-ce qu'il lui serait arrivt; un accident?
COQUENET.
Il a été nommé pair! ce qui nous oblige à une réélection.
DE GUIBERT
Tu peux te passer de lui... je t'aurai ça... j'obtiens tout ce que je veux... c'est-à-dire ma femme, qui est sœur du ministre...
COQUENET^ avec admiration.
Quoi! mon ami Guibert... tu es beau-frère du ministre *?
DE GUIBERT
Comme tu vois, pas plus fier pour ça... une position superbe... en passe d'arriver à tout... et j'arriverai... (a demi-voix.) il en est question.
COQUENET.
Est-iî possible?
DE GUIBERT, de même.
Ça ne me serait jamais venu à l'idée... mais ma femme le veut... elle y tient, il faut que cela soit... je serai obligé un de ces jours d'être ministre pour avoir la paix dans le ménage...
COQUENET.
Moi, je ne demande pas tant, et si je pouvais être nommé à la recette de Dieppe, vacante par décès du titulaire...
Nous verrons ça.
COQUENET.
Cane rapporte que quinze mille francs... mais en revanche, on n'a rien à faire... place honorable qui irait à mes goûts et à mes moyens; car je vis sans ambition, sans intrigue, sans cabale... lisant mon journal et faisant ma partie de whist ou d'échecs...
DE GUIBERT
La vie de province !... la douce médiocrité. Aurea mediocritas.
COQUENET.
Oui, mon ami, aurea si j'avais des appointements, si j'avais cette place... par malheur nous avons des concurrents...
DE GUIBERT
Il y en a toujours.
COQUENET.
M. Rabourdin, un ancien employé, qui a dos droits...
DE GUUiERT.
Qu'est-ce que ça fait?... si tu as des amis... si tu te mets bien avec ma femme... je te présenterai... c'est elle que ça re-