SCÈNE VU
BOLINGBROKE, ABIGAIL
(Abigail suit un instant les n ombres de rocposiliori qni se rclLont par la porte du fond, puis elle redescend le théâtre à gauche.)
BOLINGHROKF,.
A merveille!... mais s'ils croient que c'est fini... ils se trompent bien... grâce à cette ordonnance, j'arrêterai phitôt tonte
1 Angleterre... (Se retournant vers Abiga'il qni se soutenant à peine, s'appuie sur
un fauteuil à gauche.) Ail ! iiion Uieii ! qu'avez-vous donc?
ABIGAÏL
Ce que j'ai ! vous venez de nous perdre.
BOLI>GBROKE.
Comment cela?
ABIGAÏL
Ce coupable que vous avez dénoncé à la vengeance du peuple et de la cour... celui que vous êtes cliargé de poursuivre... d'arrêter, de faire condamner...
BOLINGBROKE
Eh bien !
ABIGAÏL
Eh bien... c'est Arthur !
BOLINGBROKE
Quoi? ce duel... cette rencontre...
ABIGAÏL
C'était avec lord Bolingbroke, votre cousin, qu'il ne connaissait pas... mais qui depuis longtemps l'avait insulté.
BOLINGBROKE, poussant un cri.
J'y suis! l'homme à la chiquenaude... Oui, ma chère, une véritable chiquenaude... c'est elle qui a été la cause de tout... d'un duel, d'une émeute... du superbe discours que je viens de prononcer... et plus encore, d'une ordonnance royale.
ABIGAÏL
Qui vous presorit de l'arrêter!
BOLINGBROKE, vivement.
L'arrêter! allons donc! Ci^lui à qui je dois tout, un rang, un titre et des millions! non... non... je ne suis pas assez ingrat.
442 LE VERRE d'EAïï.
assez grand seigneur pour cela. (Prenant l'ordonnance qu'il Teul déchirer.)
Et plutôt, morbleu... (S'arrêiani.) 0 ciel!... et tout un parti qui compte sur moi... et Topposition entière que j'ai déctiaînée contre ce malheureux duel... et puis enfin, aux yeux de tous, c'est mon parent... c'est mon cousin...
ABIGAÏL
Que faire, mon Dieu !
BOLINGBROKE, gaiemenl.
Parbleu ! je ne ferai rien... que du bruit... des articles et des discours, jusqu'à ce que vous ayez la certitude qu'il est en siireté, et qu'il a quitté l'Angleterre... Je me montre alors, et je le fais poursuivre dans tout le royaume avec une rage qui met à l'abri mes sentiments et ma responsabilité de cousin !
ABIGAÏL
Ah! que vous êtes bon!... que vous êtes aimable!... C'est bien^ c'est à merveille... Et comme depuis hier qu'il nous a
quittés, il doit être loin maintenant... (Poussant un cri en apercevant Masham.) Ah!...