‹ Théâtre de Eugene Scribe (volume 4)Chapitre 14 sur 330 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

HERMINIE, s'assevaiil près delà table, h g.iuciu-; DE GUIHERT. DE GU1BERT.

Maintenant que nous sommes seuls... je le demande pourquoi tu n'as pas mieux accueilli mon ami Coquenet?

HERMINIR, toujours assise.

Votre ami?

DE GUIBERT

Que je n'ai pas vu depuis quinze ans, j'en conviens... et une amitié qui a eu quinze aus, d' intérim n'est pas dos plus violentes. Mais c'est égal, je me suis mis en avant... on n'aime pas à avoir l'air d'un zéro... et si ce n'est pour lui... du moins pour moi, et pour ma considération personnelle, je te prie d'avoir égard à celte pétition.

HERMIME, la prenant et la jetant sur !a table, et frappant dessus de la main, avec impatience.

Je vous prie, moi, de ne plus m'en parler!...

DE GUIBERT, avec vivacité.

Et moi, je veux !...

HERMINIE, se levant.

Qu'est-ce que c'est?...

DE GUIBERT, laissant le ton.

Je veux savoir pour quelle raison?...

HERMIME.

La raison, c'est que M. Coquenet est un sot; c'est que votre ami est un ennemi qui, ce matin encore, et sans me connaître, a répété ici des calomnies sur moi et sur le minisire.

Il aurait répété de même des éloges, car de sa nature il est de l'avis de tout le monde, ne contrarie jamais personne, et si tu savais combien il est bon enfant...

HER.MIME, sèclieinenl.

C'est assez, c'est trop nous occuper de lui... Quelles nouvelles de Paris?... avez-vous vu mon frère? est-il venu avec vous?...

DE GUlliEIiT.

Il n'arrivera que ce soir; il y avait conseil des ministres... Il paraît, conmie tu me l'as dit, qu'il est question de remanier... de modifier le cabinet...

HERMIME.

Oui... un changement aux finances... Lui avez-vous parlé?...

DE GUIBERT

J'ai hasardé quelques rauts... qu'il n'a pas eu Tair de comprcudre.

HERMIME.

C'est votre faute, il fallait aborder franchement la question; il croit avoir fait beaucoup en vous faisant obtenir cet emprunt... il vous croit enchanté...

DE GUIBERT

Le fait est que je suis très-content...

HERMIME, avec vlvaciic.

Ce n'est pas vrai, vous ne Tètes pas... et avec le haut rang que vous occupez dans la banque, il vous faut plus que cela... il le faut... pour moi... sinon pour vous... oui, Monsieur, je ne porte envie à personne, mais je veux que personne ne rem[)orte sur moi... Je suis malheureuse, vous le savez, quand je vois une plus belle voiture, une parure plus brillante que la mienne... Eh bien! s'il faut vous le dire... j'ai une amie de pension, une amie intime dont le mari est ministre... je veux que le mien le soit aussi... ou tout au moins sous-secrétaire d'État... pourquoi ne leseriez-vous pas?...

DE GUIBERT

Mais, ma femme...

HERMINIE, tivpnient.

A tout autre ministère, je ne dis pas... il faut des talents qui se voient!... mais aux finances, on en a sans que cela paraisse... des comptes, des calculs... c'est un mérite de chiffres, et vous serez placé là à merveille, je pose zéro... et retiens... ce que vous voudrez... un ne s'amuse pas à vérifier, et on vous croit un grand homme sur parole...

DE GUIBERT

C'est possible... mais tu connais ton frère... il a haussé les épaules sans me répondre, et je n'ai pas osé continuer.

HERMIME.

Eh bien ! moi... j'oserai... je parlerai...

DE GUIBEHT.

Encore si j'étais député... il me craindrait peut être.

HERMIME.

Eh bien! Monsieur, il faut l'être, ça n'est pas si difficile.

DE GUIBEP.T.

Il est capable de s'y opposer... car lorsqu'une fois il a dit non,,.

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