‹ Théâtre de Eugene Scribe (volume 4)Chapitre 211 sur 330 · ACTE 11. SOËiNE · texte numérisé non relu

ACTE 11. SOËiNE

sa chaîne... je lui aulai-^ i-inunlé riiidigno rivale à qui il iii'avail sacritiéc dès le premier jour de nuire mariage... et ces atïroiils, i|ue j'ai subis en silence... je les lui aurais prouvé»... J'ai les lettres... je les garde... c'est ma défense, ma justification... si rien au monde pouvait me justifier.

RMMERIC.

Que dites- vous ?

LOUISE

Non... non... je ne m'abuse pas !... Excusable peut-être à ses yeux, je ne le suis pas aux miens, et cependant vous savez si j'ai combattu, si j'ai résisté au penchant qui m'entraînait et dont j'aurais triomphé... si une nouvelle fatale et mensongère ne m'eût abusée... Je me suis crue libre... et alors, malgré la di.stance qui aux yeux du monde pouvait nous séparer... c'est nmi... car j'étais la plus riche, c'est moi, vous le savez, qui vous offris ma fortune, ma main... car je vous aimais... et quand le bruit de cotte mort faussement répandu... fut enfin et trop tard démenti... un amour que j'avais cru noble et légitime devenait une trahison... j'étais coupable... car j'étais esclave... Il m'était défendu de vous aimer... au moment même où je vous aimais plus encore... où je vous aimais pour toujours!...

EMMERIC.

Ahl ce n'est pas vous... c'est moi qu'il faut accuser... c'est moi qui ne mérite pas de grâce!

LOUISE

Tant mieux!... j'aurai plus de bonheur encore à vous pardonner! et s'il n'existe pas d'autres raisons!...

EM.MEKIC.

Il en existe... qui me sont personnelles... qui viennent de moi... de ma volonté...

LOUISE

C'est volontairement que vous voulez me quitter?... ce n est pas possible! vous me trompez... vous détournez la vue!... 0 ciel! ce qu'on me disait tout à l'heure!... Lui aussi peut-être! des doutes, des soupçons sur M. de Laiigeac!...

EMMERIC, vivement.

M. de Langeac!.,.

LOUISE, avec joie.

Jaloux!... il est jaloux!... Ah! que c'est bien à vous. Monsieur... Je ne l'espérais pas... je tremblais que vous ne le fussiez pas... et, voyez mon injustice... je me disais ce matin encore...

Il ne s'en est même pas aperçu... tandis qu'un autre... Eh bien ! oui... depuis quelque temps... je croyais voir en vous... de la froideur, de TindifTérence... je le redoutais du moins, excusez ma faiblesse, on craint tout quand on aime... et pour vous faire aussi connaîti"e rinquiétiide et la jalousie... je suis devenue coquette. ^ par dépit... ou plutôt par amour... C'est mal... j'en conviens, je m'en accuse... Mais j'en ai été bien punie... et hier seulement je me suis aperçue de l'étendue de ma faute... Ce fat qui n'avait reçu de moi d'autre encouragement que mon silence, a osé, en me donnant la main pour monter en voiture... me glisser un billet.

EMMERIC, avec colère.

Il serait possible?...

LOUISE, ïivemenl.

Que j'aurais jeté à ses pieds... que j'aurais déchiré à ses yeux, si M. de Saint-Géran n'eût été là... Vous le connaissez, c'en eût été fait du vicomte... et, malgré moi, il m'a fallu...

EMMERIC.

Vous avez gardé ce billet ?

LOUISE, vivemenl.

Pour vous le donner... pour vous le montrer... Il est là, dans

mon secrétaire... et vous allez voir par vous-même...

EMMEHIC.

C'est inutile... Madame!

LOUISE, vivement.

Et puis, j'oubliais encore, car je veux tout vous dire, qu'hier, dans la soirée, le vicomte m'avait suppliée de lui donner, pour demain, une place dans ma loge à l'Opéra.

EMMERIC

Et vous la lui avez accordée?

LOUISE, avec tendresse.

Non pas, j'ai refusé... car déjà dans mon cœur j'avais l'espoir que vous viendriez... que je passerais celte soirée avec vous... et maintenant qu'humble et repentante j'ai avoué tous mes torts, votre grande colère ne tombera-t-elle pas? Cette place, réservée pour vous et si bien défendue par moi... ne méritc-t-elle pas quelque indulgence... Monsieur?...

EM.MERIC, avec émotion.

Louise !

LOUISE, doucement.

Vous viendrez, n'est-il pas vrai?... Pourquoi vous en défendre encore?...

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