‹ Théâtre de Eugene Scribe (volume 4)Chapitre 210 sur 330 · ACTE 11^ SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE 11^ SCÈNE III

poiirrai-je vous parler et vous voir, mais je saurai que vous êtes là, derrière mon fauteuil... (vivement.) Rassurez-vous, je ne me retournerai pas... mais si je le voulais... il ne tiendrait qu'à moi, et c'est beaucoup... El puis le plaisir d'être belle... à vos yeu.x... car je serai superbe et on me regardera..', {vivement.) Je n'y ferai pas attention, je vous le promets... mais vous... j'espère que vous le verrez... Aussi le spectacle peut être mauvais... impunément... je vous promets d'avance que je serai ravie, et que tout me paraîtra délicieux !

EMMERIC.

En vérité!... je ne sais comment vous dire...

LOUISE

Eh ! quoi donc, Monsieur?

EMMERIC,

Que je ne pourrai demain... vous accompagner.

LOUISE

Ociel!... quelque chagrin... quelque malheur qui vous arrive... Non... ce n'est donc qu'une affaire... celle dont on me parlait tout à l'heure, une affaire importante... pour vous... pour vos intérêts? Il faut y aller. Monsieur, il le faut... Je resterai... je trouverai un prétexte... je renoncerai à mon plaisir... ou plutôt il n'y en a plus pour moi, dès que vous n'y serez pas, et puis ce sera une raison pour qu'aujourd'hui vous veniez dîner ici et passer la soirée; je vous engage.

EMMERIC

Moi!..;

LOUISE

Je le peux... j'en ai le droit... On m'a reproché de ne jamais vous inviter... et on avait raison... je ne l'osais pas... je ne l'ose jamais... Pardonnez-le-moi... j'ai tant de motifs...

EMMERIC.

Je lésais..."

LOUISE

Tant de raisons de trembler... ce monde qui nous observe et semble nous deviner, ces rivaux dont la jalousie s'éveille...

EMMERIC, vivement.

Ce n'est que trop vrai !...

LOUISE

D'autres dangers plus terribles encore... d'autres reproches... d'auti'es tourments... les miens... je ne vous en parle pas! Encore quelques jours, et un meilleur avenir se prépare... nous

aurons moins de gêne, d'inquiétude, de contrainte ; car on doit s'éloigner... on doit partir... on me l'a dit. (ViTement.) Et, vous ne savez pas, on voulait m'emmener! Moi, quitter Paris!... moi, vous quitter!... jamais!

EMMERIC, à part.

Ociel!

LOUISE

Ce soir, du reste, et à dîner, on vous en parlera, sans doute,

EMMERIC.

Non, Louise... je ne viendrai pas.

LOUISE, élonnéa.

Ni ce soir... ni demain?...

Ni demain.

LOUISE

Et quand donc, mon ami, quand donc?

EMMERIC.

Jamais!... je ne dois plus vous revoir...

LOUISE

Ce n'est pas possible!... J'ai malentendu!... ce n'est pas vous qui parlez!

EMMERIC.

Non... c'est une voix plus forte et plus puissante que la mienne... celle de l'honneur et de la recotinaissance... Il y a au monde un fardeau plus pesant que mes remords! des bienfaits contre lesquels je lutte en vain! une amitié qui m'opprime et m'accable. . celle de votre mari!... Je lui dois trop!

LOUISE

Et à moi, Monsieur, ne me devez-vous rien? Ces reproches que vous vous adressez... croyez-vous qu'ils me soient inconnus?... croyez-vous donc que je ne m'indigne pas comme vous de trahir et de feindre? Et tout à l'heure encore... avant votre arrivée, touchée de sa franchise... de sa loyauté... j'allais tout lui avouer.

EMMERIC

Ociel!...

LOUISE

J'ai pensé à vous, et je me suis arrêtée... Oui, Monsieur, je tremblais pour vous... pour vous seul... car, moi, je savais comment me défendre : je lui aurais demandé si l'esclave qu'il avait fi longtemps opprimée et méprisée n'avait pas le droit de briser

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