ACTE II, SCÈNE V
quête dont je suis innocent, et que tu as passée à mon ordre... celte lettre... cette passion... dont je ne suis que le manteau et l'enveloppe. ..
EMMERIC, cherchant à le rassurer.
Peut-être, mon ami !
11 n'y a pas de peut-être... J'en suis sûr; car, au moment oii je sortais du cabinet de Ion oncle, Victoria m'a dit : «Ali! ali ! monsieur Hector Ballandard fait des \ictimesetdes ravages dans la haute société... Il est en correspondance avec des comtesses ou des barormes. » Tu vois ce dont tu es cause... J'ai voulu nier sans te compromettre... ce qui m'a donné un air gauche et embarrassé qu'on a pris pourde la discrétion... Et, maintenant, toi et moi dirions la vérité, qu'on ne nous croirait pas.
EMMERIC.
Eh bien! ne disons rien!
HECTOR
Ne rien dire!... Et mon mariage qui va manquer... Je suis perdu!...
EMMERIC.
Quelques jours encore, et je te justifierai près de la famille Giraut, et je donnerai des preuves telles qu'il faudra bien qu'on y ail confiance!...
HECTOR
A la bonne heure!... car Victoria a des yeux noirs superbes, et, quoique née à Bercy, tu la prendrais pour une Espagnole... Et puis elle a deux cent mille francs... de dot... Et quand on est amourenx...
EMMERIC, sfturiant.
De la dot?
HECTOR
Du tout !... Mais tout cela se confond tellement que je serais désolé de les séparer... dans mon affection! Aussi, mon ami, et pour nous deux, tu as bien fait de rompre; car, je le le dis en confidence... cette liaison commençait à se répandre, à s'ébruiter.
Qu'en sais-tu ?
HECTOR
Je viens d'en entendre parler... moi, qui ne cono:iig rien!
%4 CNE CHAlSË.
EMMERIC.
Et où donc?
HECTOR
Dans un endroit qui n'a rien de bien mystérieux... au café Tortoni... où j'étais entré en sortant de chez ton oncle... c'est en face. Trois jeunes gens, qui déjeunaient en parlant beaucoup et en buvant de même... l'un d'eux prononça ton nom... Un grand jeune homme à la barbe blonde en pyramide l'envcrsée... physionomie à la Werther, longue, rêveuse et blafarde...
F.MMEBIC, à part.
Le vicomte de Langeac.
HECTOR, coHtinuanl.
<( Oui, lui disait son voisin, je soupçonne le jeune compositeur « de l'emporter sur toi...
« L'oreille est le chemin du cœur...
« Et cette place qu'elle t'a refusée pour demain dans sa loge « à l'Opéra, je gage que c'est lui qui en profitera... — Je l'en « empêcherai bien! — Et comment cela? — La comtesse est « ma parente, j'ai le droit de veiller à sa réputation, et si son « mari ne voit rien... je m'opposerai, moi, à ce qu'on la com- « promette... j'écrirai à Emmcric que je lui défends d'aller de- « main à l'Opéra avec elle. — Allons donc! — Je vais lui écrire... « vous en êtes témoins... et je vous jure qu'il n'ira pas, ou « sinon... »
L'insolent!...
HECTOR
Qu'est-ce que ça te fait? puisque tu ne dois plus la revoir, puisque tout est rompu !
EMMERIC.
Eh! non ! rien ne peut l'être maintenant...
HECTOR
Et pourquoi !
EMMERIC.
Pourquoi?... parce que tu ne sais pas que tantôt, chez elle... cette maudite loge d'Opéra que tu connais...
HECTOR
Numéro 10, entre les cohmnes, je ne l'ai point oublié.
EMMEIUC.
Ei) bien! elle m'a offert une place en me disant : Vous vien-