ACTE Iir, SCÈNE IF
EMMERIC, à Clérambeaii, avec joie»
Ah ! si elle dit vrai !
CLÉRAMBEAU.
Eli bien! oui, je l'ai toujours désiré... et ce que je me gardais bien de vous avouer, c'était d'aljord le projet et le rêve de ma vie... Dès Ion plus jeune âge, je voyais en toi le mari de ma fille, je te la destinais ainsi que la maison Clérambeau junior de Bordeaux... car je t'aimais comme un fils, et voilà pourquoi je me suis pris à te détester... quand je t'ai vu tromper toutes mes espérances... quand je t'ai vu préférer le piano au comptoir... et les cavatines aux billets de banque... ce qui est bien différent.
ALINE
Pas toujours!
CLÉRAMBEAU.
El quand tu as quitté Bordeaux... quand j'ai su que tu habitais Paris... Paris et l'Opéra... je t'avoue franchement que je t'ai cru perdu... mais enfin, je me suis dit : Cela le regarde... sauvons ma fille... ma fille avant tout... et voilà pourquoi, dans mes craintes...
ALINE
Lesquelles?
CLERAMBEAU, passant près d'elle.
Tu n'as pas besoin de les savoir, (a Frameric.) Mais moi, père de famille... c'est mon affaire, je dois avoir peur de tout par état! Je dois être sou[içonneux et défiant pour elle, qui est toute confiance et tout amour... car je réponds de son repos, de sa joie, de ses illusions... et son malheur serait un crime que je ne pardonnerais ni aux autres ni à moi-même.
ALINE
Quel malheur peut m'attendre avec lui... et avec vous?
CLÉRAMBEAU.
Eh! certainement. Je me disais : Tant que je serai là... cela ira encore... elle me confiera ses chagrins, si elle en a... mais quand je n'y serai plus!... quand elle n'aura plus personne pour la consoler... je la connais, vois-tu bien?... je la connais mieux que toi... elle en mourrait d'abord.
ALINE, souriant.
Allons donc.
CLÉIUMBEAU.
Parbleu!... comme si déjà cela n'avait pas manqué arriver...
Sais-tu pourquoi elle a été si malade... pourquoi je la voyais dépérir? parce que depuis six mois tu n'avais pas écrit ni donné de tes nouvelles.
ALINE, lui mettant la main d<°vant la bouche.
Mon père!...
CLÉRAMBEAU.
Et à la première lettre... la santé, la fraîcheur, tout est revenu.
ALINE
Ce n'est pas vrai!...
CLÉRAMBEAU.
Je te dis, moi, qu'elle mourrait de chagrin si jamais son mari ne Taimait plus ou en aimait une autre.
ALINE
Quelle idée! Est-ce que c'est possible?
EMMERIC, vivement.
Ah ! ma cousine !
ALINE
Je vous défends de vous justifier. (Avec bonté.) Je vous le défends!... (A ci.ranibeau.) Est-ce quo VOUS croycz que mon cousin est comme M. Hector Ballandard, qui aime ma bonne amie Victoria, qui veut l'épouser, et qui reçoit des lettres d'une grande dame... (A Enuncric.) Voilà cc que mon cousin ne ferait jamais! voilà qui est indigne... Aussi, j.'en ai prévenu Victoria... je \ù\ ai tout dit, parce qu'on ne doit tromper personne ! (a Emmeric qui tressaille.) Qu'avez-vous donc?
EMMERIC, vivement.
Rien... Je pense à ce pauvre Ballandard, qui au fond aime celte jeune fille réellement... et à qui sans doute cela aura fait du tort.
ALINE
Eh bien! pas trop... C'est étonnant! Victoria avait l'air surprise plutôt qu'indignée... ce qui l'inquiétait, c'était de savoir le nom de cette grande dame... (Naïvement.) Vous ne le savez pas, mon cousin ?
EMMERlC, troublé.
Non, non... ma cousine.
CLERAMBEAU, haussant les épaule».
Comme ^i il te le dirait!
ALINE, avec confiance,
11 me dirait tout, caf il m'aime, j'^n suis sûre,., et puuf l'en