‹ Théâtre de Eugene Scribe (volume 4)Chapitre 283 sur 330 · ACTE I. SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I. SCÈNE I

JUL'ETTK.

J'attends! ce qui est déjà beaucoup... C'est si ennuyeux d'al- (cndre.

THÉRIGÎSY.

Je le çais, Madame, pt plus qu'un autre; car près de vous... il est depuis longtemps une personne dont je voudrais... dont je n'ose vous parler... votre jeune côusinje... Athénais.

JULIETTE

Est-il possible!... Vous, Monsieur, qui veniez pour me parler ^'affaires... tout unimept.

THÉRIGSY.

Un amour pur, véritable... légitime...

JULIETTE

Je m'en doute bien... Il ne peut pas y en avoir d'autres... par jevant notaire!... Ainsi, Monsieur, vous aimez ma cousine?...

THÉRIG>Y.

Depuis les vacances dernières, depuis les trois mois qu'elle est tenue passer ici.

JULIETTE

Et malgré l'éloignement et son séjour à Paris?...

THÉnlGNy.

J'y pense toujours... je la vois sans cesse près de mo!, dans mon modeste ménage, qu'elle embellit.

JULIETTE

C'est très-bien... Mais vous ignorez que ma jolie petite cou- >ine n'est pas riche... elle n'a que vingt mille francs de dot.

THÉRIGNV.

En vérité?... Je croyais qu'elle n'avait rien.

JULIETTE

Et vous venez me la demander en mariage?

THÉRIGNY

Oui, sans doute.

JULIETTE

Votre charge est donc payée?

THÉRIGNY

Non, Madame. Je ne suis qu'un pauvre notaire de province.

.lULIETTE.

Je le vois bien!... Ceux de Paris sont moins romanesques. Et savez-vous. Monsieur, que je vous trouve sublime, héroïque, admirable! Épouser^ sans fortune, une femme qui n'en a pasl

324 OSCAR

"WIÉRIGINY, avecjoit.

Ainsi, vous serez pour moi?

JULIETTE

Certainement... Je le veux, je le dois... Et, dès aujourd'hui, vous seriez mon cousin... si cela ne dépendait que de moi.

THÉRIGNY

N'ètes-vous pas la seule parente d'Athénaïs?...

JULIETTE

C'est vrai!... mais, depuis trois mois, mon mari a été nommé sou tuteur... à cause de ces vingt mille francs dont je vous parlais tout à l'heure... Un riche négociant... un oncle qu'elle avait à New-York..,

THÉRIGNY

En vérité?

JULIETTE

Oui! Il y a encore des oncles d'Amérique... ils sont rares... mais il y en a!... c'est peut-être le dernier. Cet oncle, dis-je, qui n'avait que deux héritiers, deux parents... au lieu de décéder intestat, ce qui lui aurait donné bien moins de peine, a tout laissé par testament à l'autre, et, à ma pauvre cousine, une chétive somme de vingt mille francs... pour laquelle, comme je vous l'ai dit, il a fallu lui nommer un tuteur, et le choix est tombé sur mon mari, qui même s'en défendait... Et c'est à lui, vous le voyez, qu'il faut vous adresser.

THÉRIGNY

Pour cela, il me faudrait votre protection...

JULIETTE

Qui vous est acquise... et je veux même que M. Bonnivet ajoute à la dot. Comme tuteur, il a ce droit.

THÉRIGNY

Quoi! Madame...

JULIETTE

Sojcz tranquille, il n'en abusera pas... car mon mari est un homme d'ordre, un homme de finance, qui a des sentiments exacts et réguliers comme ses livres de caisse. Il ne donne pas... il paie... excellent homme, du reste... mais chez qui l'économie est une telle vertu, que, quand on le force à être généreux, il en est honteux... il s'en excuse .. il croit qu'il se dérange! Aussi, et comme avant de penser à vos allaires, il faut que je m'occupe des aiiemius...

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