‹ Théâtre de Eugene Scribe (volume 4)Chapitre 292 sur 330 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

dôclarer de vive voix, j'osai lui demander un rendez-vous dans un billet délirant qui finissait ainsi : « Ce soir, à dix heures, « dans la grotte du parc, une minute de bonheur ou je meurs! » A quoi elle répondit ; « 0 Oscar, je l'attends ! »

GÉDÉON

0 Oscar!

OSCAK, achevant.

Je t'attends! Impossible de reculer... mon honneur était engagé... Qu'auriez-vous fait, si on vous avait écrit : « 0 Oscar ! ... »

GÉDÉON

Tu me le demandes! Dès qu'il s'agit d'un entraînement excentri(jue.

OSCAR

Mais, non, j'avais beau faire, je n'étais pas entraîné... je n'aimais que ma femme; et cependant vous ne comprendrez pas cela.

GÉDÉON

Si vraiment, très-bien.

OSCAR

Aussi, j'étais surpris et embarrassé de mon bonheur... je ne croyais pas que les choses iraient si vite et si loin...

GF.DKON

Ah! dame!... c'est ainsi dans l'école moderne.

OSCAR

Et une heure avant ce fatal rendez-vous...

GÉDÉON

Tu as renoncé?

OSCAR

Non!... j'ai été souper avec des amis pour m'étourdir, pour me donner du cœur... et après le Champagne... au moment de partir, une averse.

GÉDÉON

C'était superbe!

Pour vous... mais moi, je me promis bien que ce premier bonheur-là serait le dernier... et le ciel m'exauça, car ma nouvelle passion, forcée de quitter notre ville, partit sans me revoir.

GÉDÉON

Eh bieul tout est fini...

334 OSCAR

OSCAR

Du tout... J'ignore comment cela se fait... mais depnis ce temps ma femme, autrefois si confiante, a maintenant dos soupçons.

GÉDÉON

En vérité!...

OSCAR

Pour les dissiper... il faut bien aller au devant de ses volontés ou de ses moindres caprices, et j'augmente ainsi chaque jour le luxe de ma maison, je donne des dîners... des soirées... même des bals...

GÉDÉON

Qu'importe?... si tu le peux!

OSCAR

Certainement je le peux... Mais les caprices... je veux dire les soupçons de ma femme, loin de diminuer, redoublent encore... Elle ne rêve depuis quelque temps que maison de campagne et équipage... Ici, en province!

GÉDÉON

11 n'y a pas grand mal.

Et puis ma femme est jeune et jolie... on l'entoure d'hommages... Le préfet même lui fait la cour... 11 y a des préfets qui n'ont que cela à faire... Je sais bien que Juliette est sage, qu'elle a des principes... mais si elle découvrait... Et dans ce moment, mon cher oncle, tout va se découvrir si vous ne venez à mon aide.

GÉDÉOJS.

Parle donc vite, alors.

OSCAR, d'une voix éloufléa

Ah! mon Dieu... taisez-vous!

GÉDÉON. ''

Qu'y a-t-il donc ?

OSCAR, l'oreille au guet.

La femme de chambre de ma femme, qui est si curieuse, si elle nous entendait... (u va ouvrir la porte à droite.) Non... non... personne... Mais pour plus de sûreté... (U metle verrou et revient.) VOUS

le voyez, mon oncle, l'inquiétude... la terreur... voilà comme je suis du matin au soir... Ce que c'est que de tromper safemine!...

GÉDÉO.N.

11 est amusant !...

ACTj'J i, SCÈNE V. 335

OSCAR

Les préfets... les cafehcs... les maisons de campagne... Ah ! une femme que Ton trompe vous donne Lien du mal!

GÉDÉON

11 vaut mieux être trompé... c'est elle qui a toute la peine... Tu disais donc...

OSCAR, reTenanl à lui,

Qu'avant-hier, un incident affreux...

GÉL»KON.

Tu t'es trahi!

OSCAR

A moitié... mais ce qui a failli me perdre peut, grâce à vous, me rendre le repos!... Dans ce fatal rendez-vous...

GÉDÉON

Celui de la grotte?

OSCAR

Oui... En s'enfuyant... car elle s'est enfuie... Elle avait laissé en mes mains un nœud de ruban... Gage précieux que j'avais enfermé et cacheté dans un débris de son billet. Ces choses-là se font... et l'on a tort! Quoi qu'il en soit n'oubliez pas ce nœud qui va devenir celui do l'horrible péripétie dans laquelle nous entrons... Donc, avant-hier, je m'habillais pour aller dîner chez le préfet avec ma femme, qui était prête, et je ne Tétais pas... Elle était charmante... une robe délicieuse... et elle venait me chercher... elle m'attendait. Moi, je m'impatientais... je sonnais... je demandais une cravate, et pour m'aider, elle ouvre ma commode, mes tiroirs... elle renverse tout...

GÉDÉON

Et trouve le mystérieux souvenir...

OSCAR

Juste... Elle me le présente d'un air défiant et curieux, me demandant avec ironie ce que eontcnait ce sachet si précieusement cacheté... Moi, tout troublé, je réponds : Chère amie, je l'ignore. Alors, dit-elle vivement, il y a un moyen de le savoir, ^elle allait briser le cachet... lorsqu'une idée m'illumine, et me rappelant bien à point votre ancienne réputation de conquérant... Arrête, m'écriai-je!... c'est mon oncle... mon oncle Gédéon, qui à son dernier voyage m'a confié ce dépôt, me priant de 1<! lui garder avec fidélité, et surtout discrétion...

GÉDÉON

Pas trop mal pour un conscrit!...

336 OSCAR

OSCAR

Savez-voiis ce qu'elle me répond : Puisque votre oncle arrive après demain, je me charge de lui rendre moi-même ce mystérieux trésor, à condition qu'il me dira d'abord ce qu'il contient.

GÉDKON.

Ah! diable...

OSCAR

Et ce n'est rien encore... Vous ne connaissez pas sa malice... Comme la dernière fois vous êtes venu par la malle, elle a voulu aller au devant de vous pour m'empècher de vous prévenir... Et moi, à qui vous aviez écrit que vous arriviez en poste... Je n'ai rien dit, je n'ai pas montré votre lettre... mais j'ai laissé partir ma femme... et maintenant vous devinez le service que j'attends de vous!

GÉDÉON

C'est convenu!... dès qu'il y va de ton bonheur et de ton

repos.

OSCAR, l'embrassant.

Ah ! mon sauveur !

GÉDRON.

A propos, je t'apporte les loyers de ta maison de Paris. . dix mille francs que j'ai là en portefeuille !

OSCAR, à mi-ïoix.

Taisez-vous, on a marché.

GÉDÉON

Tu as l'oreille fine...

OSCAR

Je crois bien... l'habitude... C'est elle.

JULIETTE, en dehors, voulant ouvrir.

Mon ami, vous êtes enfermé?

OSCAR

Quand je le disais! (\ Gédéon.) Parlez, mon oncle... (Le rappelant ) Ah ! j'oubliais!... un nœud de ruban bleu et cerise... N'allez pas confondre.

GÉDÉON, à mi-Toix.

Non... mon cher... bleu et cerise... Je connais ces situations-là.

JULIETTE, frappant en dehors.

Ouvrez-moi ! ouvrez donc !

OSCAR

Vite... sortez par le jardin... allez reprendre votre voiture, et une entrée solennelle... Grand fracas, le fouet du postillon !

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