‹ Théâtre de Eugene Scribe (volume 5)Chapitre 150 sur 255 · SCÈNE m. 46S · texte numérisé non relu

SCÈNE m. 46S

Moi aussi... d'une importante affaire... qui peut rétablir les tiennes...

VELASQUEZ

C'est difficile. Je suis ruiné et j'ai des dettes...

Qui maintenant sont presque toutes payées.

VELASQUEZ

Grâce à toi, Perdican, mon excellent, mon généreux ami!

Ne parlons pas de cela !

VELASQUEZ

Au contraire... car ma seule pensée est de m'acquitter envers toi... Sans cela je crois que je me serais déjà tué.

PERDICAN, vivement.

Ne t'acquitte jamais ! je te ferai crédit indéfiniment.

VELASQUEZ

C'est justement ce que je ne veux pas.

Alors, travaille !

VELASQUEZ

Il faut en avoir la force, le courage...

PERDICAN , regardant avec intention le tableau qui est sur le chevalet.

Je sais en eflot que tu n'as pas le courage d'achever ce portrait... celui de la marquise de Villaréal...

VELASQUEZ , d'un air distrait et s'asseyant devant son chevalet.

C'est -sTai !.. elle est trop belle !.. Je suis si peu en verve que je gâterais cette froide et majestueuse figure de déesse !

Eh bien! le duc d'Olozoga... ce grand seigneur qui veut absolument que tu fasses le portrait de sa femme...

VELASQUEZ

Ah! celle-là est trop laide,., la plus laide duchesse d'Espagne, peut-être !..

Raison de plus... tu ne gâteras pas ses traits... Au contraire... tu ne risques rien que de l'embellir...

VELASQUEZ

Oui... mais la duchesse témoigne une telle ardeur d'avoir ce portrait... et de commencer nos séances !.. Elle m'a parlé de sa protection en des termes qui nie déplaisent souveraine-

-166 LA CHANTKISE VOILÉE.

ment... jusqu'à me proposer de m'avancersur ce tableau qui n'est pas encore commencé, toutes les sommes dont j'aurais

besoin, (ouvrant sa boîte à couleurs.) Que Vois-je ? Une bOUl^Se

pleine d'or !..

Est-il possible!..

VELASQUEZ

La duchesse... qui malgré mes refus... aura exécuté sa proposition... ou plutôt sa menace...

PERDICAN, poussant un cri.

Ah ! je devine le mystère ! Je comprends tout...

VELASQUEZ, le prenant par le bras.

Quoi donc... que comprcnds-tu?

Que cette grande dame... a un faible pour toi... c'est-à-dire pour les arts... et qu'alors... moi... qui suis son ami...

VELASQUEZ

Eh bien?

Eh bien!., je ne t'en dirai pas davantage... parce que le duc d'Olozoga, ce puissant seigneur qui m'a (ait avoir ma charge d'alguazil... pourrait me l'ôter... et qu'il vaut mieux se taire...

VELASQUEZ

Eh ! qui songe à te parler de cela ?.. tu reporteras toi-même aujourd'hui au duc... ou à la duchesse... cet or... en les remerciant pour moi...

De leur protection éclairée pour les arts...

VELASQUEZ

Mais tu ajouteras que je vais quitter l'Espagne.

Une excuse...

VELASQUEZ

Non, je veux partir pour un long voyage...

PI-.RDICaN.

Allons donc !..

VELASQUEZ

Voyage nécessaire... qui me di-traira... qui me guérira do ce que je soufire...

C'est dillérent !

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