ACTE !, scÈxi: ir. i
LE GOUVERNEUR
Ne vous l'ai-je pas dit?
PEPINELLI, avec impatience.
Que trop 1 pour réunir les deux branclies de votre famille, et marier deux personnes qui ne se connaissent pas, qui ne s'aiment pas!... tandis que moi, cavalier servant de la marquise, son adorateur depuis trois ans et plus, car j'ai commencé du vivant de son premier mari, ce pauvre marquis de Sampictrij ce n'était pas la peine qu'il mourût, autant le garder... j'y étais fait, tandis que l'autre... Tenez, Marchesa, si vous l'épousez, j'en perdrai la raison,
Cela commence déjà... nous égarer, mon oncle et moi, en pleine chasse !
LE GOL\'ERNEUR.
Par une pluie battante 1
LA MARCHESA
Nous faire entrer dans une horrible auberge !
PEPINELLI.
Où vous étiez à l'abri! et où vous n'avez pas voulu rester...
LA MARCHESA
Non sans motifs!... des figures sombres et sinistres... au milieu de la forêt... et la nuit qui approchait...
LE GOLVERNELR, souriant.
Tu te croyais déjà en pleine histoire de brigands...
LA MARCHESA, avec effroi.
Taisez-vous! taisez-vous! la seule idée d'un brigand... le nom seul de Marco Spada le bandit, me donnent, vous le savez, des attaques de nerfs.
LE GOUVERNEUR
Petite maîtresse!...
PEPINELLI.
Rassurez-vous!... j'ai mon flacon de sels anglais... Il est de fait que les États-Romains sont le pays natal... la terre classique des bandits... il y en a tant!
LE GOUVERNEUR, d'un ton sévère.
11 n'y en a plus depuis que je suis gouverneur de Rome .. autant de pris, autant de fusillés... cela n'ira pas loin!
Ecoutez!... j'ai cru entendre marcher...
LE GOliVERNEl.'R, enlr'ouTrant une portière, à gauche.
De ce côté?.., non, personne!... un salon de concert, d'une richesse et d'un goût exquis... des instruments de musique... nous sommes chez quelque grand seigneur dilettante...
LA MARCHESA, soulevant une autre porlière et regardant avec admiration.
Et dans cette galerie, quelle serre magnifique!... les fleui's
les plus prodigieuses et les plus rares... (Regardant sur une table, à
droite.) Et sur ccttc table, des partitions... des airs... ce duo quL' je chantais l'autre jour... vous savez, mon oncle, une Déclaration d'amour en quatre lanyues différentes.
PEPINELLI, regardant par une porte à gauche.
Attendez... un vestibule sur lequel donnent plusieurs portes... si j'allais à la découverte ?
LA MARCHESA
Allez-y.
PEPINELLI , prenant le candélabre sur la table à gauche.
C'est que je vais être obligé de vous laisser un instant sans lumière.
LE GOUVERNEUR
Qu'importe ! (Pepiuelli s'éloigne par la porte à gauche, emportant le candélabre; le théâtre reste dans l'obscurité.)
LA MARCHESA, près de la boiserie, à droite.
Ah! mon Dieu!...
LE GOUVERNEUR
N'as-tu pas déjà peur de te trouver seule dans l'obscurité avec moi ?
LA MARCHESA, montrant la boiserie, k droite.
Non, mais en m'appuyant contre ce panneau, j'ai senti comme un bouton de sonnette.
LE GOUYElt.NEUR.
Il fallait donc le tirer.
LA MARCHESA
Ah !.. . bien oui !
LE GOUVERNEUR
roUronne!... je vais sonner.
LA MARCHESA
Gardez-vous-en bien; si l'on allait venir.
LE GOUVERNEUR
N'est-ce pas pour cela que je sonne! (u tire le bouton a»ec force,
le panneau s'vuvre, une jeune fille s'en élance vivement, s'avance vers le gouverneur, qu'elle rencontre dans l'obscurité. '