ACTE II, SCÈA'E XIV
DEUXIÈME COUPLET
En dormant, en dormant.
(Se baissant yers lui et écoutant.) Dans ses bras voilà qu'il m'enlace!
Il me dit qu'il sera constant...
{Vojant le prince, qui de la maiu lui envoie uu baiser.) Et je crois même qu'il m'embrasse.
Eu dormant, eu dormant, (vivement.) Je ne sais quel pouvoir m'entraîne malgré moi! (Avec exaltation.) Et dût ce fatal délire, 1 A ma perte me conduire ,
(S'approchant du prince et lui parlant.) Que je t'entende encore!...
(S'adressant au prince.)
Éveille-toi!.., LE PRINCE, s'éveillant.
Nérilha! Nérilha!
C'est bien toi!... Te voilà!.
ENSEMBLE
Eh quoi! ce doux songe, Où l'amour me plonge.
N'est point un mensonge!
Et dans ce moment, 0 réelle ivresse.
Fée enclianleresse.
C'est toi que je presse Sur mun cœur brûlant!
^ÉRILHA.
Non, non, ce doux songe, Où l'amour le filonge N'est point un mensonge!
Et mon cœur tremblant, Cvaiiit de sa tendresse, La falale ivresse !
(au prince.) Ah ! puur ma faiblesse.
Grâce en ce moment!
( Cherchant à se dégager de ses bras.) Laisse-moi, laisse-moi, prends pitié de moi-même !
LK PRINCE, avec chaleur.
Les serments que j'ai faits, et l'hymen i|ui m'attend, Je lirisL-rais tout à l'instant, Si tu m'aim.iis!
NÉRILHA, hors d'elle-même.
Je t'aime '■ (Le prince la reçoit dans ses bras et l'embrasse. A ce mot, l'orage, qui groiidait sourdement , éclate dans toute sa fureur; des cris infernaux se font entendre. Le prince, comme frappé de la foudre, tombe sans connaissance sur le banc , à droite. Toutes les fleurs du jardin sont soudain flétries et fanées. A un ciel d'été, succède l'hiver et ses frimas. Nérilha, effrayée, chancelle et tombe dans les bras d'Atalrauc, qui parait derrière elle.)
Tu m'appartiens!... Souviens-toi de nos lois !
Les enfers et l'amour m'ont rendu tous mes droits!
(Nérilha est tout à coup changée en une vieille petite femme, couverte de rides; sa robe même se trouve d'une étoffe et d'une forme antiques. Nérilha pousse un cri et s'abîme sous terre avec Atalmuc , qui la tient toujours dans ses bras. Presque aussitôt, le prince se réveille en sursaut, et saisi de stupéfaction en voyant le changement subit qui vient de s'opérer, s'écrie avec désespoir : Nél'ilha!... Nél'Uha !... puis il retombe accablé sur un bauc. )