ACTE III, SCÈ.NE I
VOUS parle pas de moi... (Regardant autour d'elle.) Et OÙ fommcsnous ici ?
ATAI.MLC.
A deux uiille pieds i>ous la mer !
NFirUI.HA.
J'aimerais autant être ailleurs... et si vous ne venez ici que pour mon plaisir...
ATALMUC.
Aujourd'hui, je me rends au conseil des magiciens, présidé par le roi du Gitiistan, et qui se tient dans un volcan... près
d'ici... (lui montrant une ouverture de rocher.) ^ÉRILHA.
Dans un volcan !... Et vous allez y descendre?
ATALMLC.
Aussitôt que Sathaniel, notre maître, m'appellera de sa voix d'airain.
NÉRILHA.
Et il faut que je vous y suive?..
ATALMUC.
Non ! Aucun être humain n'y peut pénétrer sans être consumé !.. Tu resteras à m'attendre dans cette grotte, d'où je ne crains pas que tu puisses l'échapper!
NÉRILHA.
Je le crois bien ! Deux mille pieds d'eau au-dessus de ma
tète, et la flamme sous mes pieds... (Regardant \eis l'ouverture du
rocher, à droite.) 0 ciel!.. et VOUS, Scigueur, vous allez vous plonger dans cette lave enflammée?..
ATALMUC , vivement.
Cela t'etfraie pour moi !
NÉRn.HA.
Dam !... je ne vous veux pas de mal... Vous avez été un bon maître... et si vous n'aviez pas tant d'aflection pour moi... je finirais peut-être par en avoir pour vous.
ATALMUC, avec chaleur.
Dis-tu vrai?.. Rassure-toi donc !.. Avant d'entrer dans la salle du conseil, je quitte ma dépouille mortelle, et le rayon céleste qui anime mon être, l'âme va seule rejoindre son maître dans cette région de feu !
NÉRILHA.
Ah! c'est votre âme seule qui s'en va?.. C'est singulier!.* Et est-elle longtemps absente, votre âme ?..
ATALMUC.
Quand la séance est tranquille, et qu'on ne s'y échaufle pas trop... un quart d'heure, tout au jjIus, et je vieudi"ai te rejoindre...
NÉRILIIA , vivement.
Et nous remontions sur terre ?..
ATALML'C.
A l'instant! Mais je lis dans ta pensée... renonce à l'espoir de jamais te faire reconnaître par le jeune sultan des Indes, ou par aucun de tes anciens amis !.. Ni:aiLHA.
Pardi ! ils me prendraient tous pour ma giand'mère!..
ATALMLC.
Et si tu t'avisais de vouloir leur raconter tes aventuics ou de leur dire qui tues...
ISÉRILUA.
Eh bien?..
ATALMLC.
A l'instant tu deviendrais muette!,.
NÉRlLHAj avec colère.
C'est trop fort!.. Vous avez pu m'enlever ma jeunesse et ma beauté, mais m'empècher de parler... je vous en défie !... Et dùt-on ne pas me croire et me traiter d'insensée , je dh-ai
à tout le monde... Je suis... (Atalmuc éteud la maiu vers elle. — A l'instaut Nérilha s'arrote et fait de vaius efforts pour coutinuer.) ATALMUC,
Eh bien ! je t'en avais prévenue !.. Te voilà muette... muette à tout jamais !.. Oui, oui, tu me promets de gai'der dorénavant le silence sm* un sujet dont tu connais maintenant les dangers... tu me supplies de te rendre la parole .. eh bien! soit, j'y consens ! (Étendant la main vers elle.) Qu'as-tu à me dire?..
^ÉU1LHA, avec volubilité et colère.
Que je vous hais ! que je vous déteste ! que je vous abhorre ! . .
ATALMLC.
Si c'est pour cela que je t'ai rendu la paiole, ce n'était pas la peine !..
^ÉHILHA, vivement.
Non!,, c'est pour une autre raison... pour une autre prière,,, ne soyez pas généreux à demi... (o'un air càiin.) Si vous m'aimez, si vous m'adorez, comme vous le dites, il doit vous eue tien désagréable d'avoir une maîtresse si laide et si vieille...