‹ Théâtre de Eugene ScribeChapitre 146 sur 349 · ACTE m, SCÈNE VU. i · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE VU. i

RÉCITATIF

BERTIUM.

Voici donc les débris du monastère nuticpie : Voué par Rosalie aux filles du Seigneur ; Ces prêtresses du ciel, dont l'infidèle ardeui-, Brûlant pour d'autres dieux un encens impudique. Où régnaient les vertus fit régner le plaisir!

(Regardant la statue de sainte Rosalie.}

Le céleste courroux, attiré par la sainte, Au milieu de la joie est venu vous punir, Imprudentes beautés !.., Ici, dans cette enceinte, Vous dormez ! le front pâle et comme en vos beaux jours, Ceint encore des fleurs qu'effeuillaient les amours.

(s'approchant des tombeaux.)

! Nonnes, qui reposez sous cette froide pierre, ! M'entendez-vous?

: Pour une heure quittez votre lit funéraire, i Relevez-vous.

Ne craignez plus d'une sainte immortelle, î

! Le terrible courroux !

! Roi des enfers, c'est moi qui vous appelle. Moi, damné comme vous !

Nonnes, qui reposez sous cette froide pierre,

M'entendez-vous?

Pour une heure quittez votre lit funéraire, Relevez-vous.

Pendant l'air précédent, des feux follets ont parcouru ces longues galories, et s'arrêtent pour s'ctekidre sur les tombeaux des nonnes ou sur les pierres tumulaires de la cour. Alors les figures de pierre, se soulevant avec effort, se dressent et glissent sur la terre. Des nonnes aux yêteraents blancs apparaissent sur les degrés de l'escalier, montent et s'avancent en procession sur le devant du théâtre. Pas le moindre mouvement ne trahit encore leur nouvelle existence. Les murs qui supportent les arcades ne peuvent arrêter la marche de celles qui désertent les tombes de la cour. La pierre s'est amollie pour leur livrer passage : bientôt elles ont rejoint leurs compagnes, et s'arrêtent vers le tombeau de sainte Rosalie, qu'elles ne peuvent dépasser. Dans ce moment leurs jeux commencent à s'ouvrir, leurs membres reçoivent le mouvement, et si ce n'est leur pâleur mortelle, toutes les apparences de lu vie leur sont rendues. Pendant ce temps le feu des lampes s'est a vssi de luimême rallumé. L'obscurité a cessé.)

BERTRAM, aux nonnes qui l'entourent.

Jadis fille.^^ du ciel, aujourd'hui de l'enfer,

Écoutez mon ordre suprême !

Voici venir vers vous un chevalier que jaifne...

Il doit cueillir ce rameau vert; Mais si sa main hésite et trompe mon attente.

Par vos charmes qu'il soit séduit ; Forcez-le d'accomplir sa promesse imprudente, En lui cachant l'abîme où ma main le conduit.

(Toutes les nonnes, par uu salut, donnent leur assentiment à la demande de Bertram, qui se retire. Aussitôt l'instinct des passions revient à ces corps na ■ guère inanimés. Les jeunes filles, après s'être reconnues, se témoignent le contentement de se revoir. Héléna, la supérieure, les invite à profiter des instants, à se livrer au plaisir. Cet ordre aussitôt est exécuté. Les nonnes tirent des tombeaux les objets de leurs passions profanes; des amphores, des coupes, des dés sont retrouvés. Quelques-unes font des offrandes à une idole, tandis que d'autres arrachent leurs longues robes et se parent la tète de couronnes de cyprès pour se livrer à la danse avec plus de légèreté. Bientôt elles n'écoutent plus que l'attrait du plaisir, et la danse devient une bacchanale ardente. — La ritournelle annonçant l'arrivée de Robert interrompt les jeux ; toutes les nonnes se dérobent à sa vue, en se cachant derrière la colonnade et les tombeaux.)

ROBERT avance en hésitant.

Voici le lieu témoin d'un terrible mystère! Avançons... mais j'éprouve une secrète horreur : Ces cloîtres, ces tombeaux font naître dans mon cœur

Un trouble involontaire.

J'aperçois ce rameau, talisman redouté,

Qui doit me donner en partage

Et la puissance et l'immortalité.

Quel trouble! vain effroi! Grand Dieu! dans cette image, De ma mère en courroux, oui, j'ai revu les traits ! Ah! c'en est fait, fuyons, je ne pourrais jamais...

(Au moment où Robert veut sortir, il se trouve entouré de toutes les nonnesj une d'elles lui présente une coupe, mais il la refuse. Héléua, qui s'en aperçoit, s'approche de lui, et par ses poses gracieuses cherche à le séduire, Robert la contemple avec admiration; bientôt il ne peut résister, et accepta la coupe offerte par sa main. Héléna, voyant qu'elle a réussi, l'cntraiut vers le tombeau de sainte Rosalie; toutes les nonnes, croyant que Robert va détacher le rameau, se félicitent de leur triomphe; mais le chevalier recule avec effroi. — Héléna cherche de nouveau, par ses charmes, à exciter les passions de Robert. D'autres jeunes filles lui présentent des dés ; au premici moment, il est tenté de se mêler à leurs jeux; mais bientôt il s'éloigne avtt répugnance. Héléna, qui ne cesse de l'observer, le ramène en dansant autoMi de lui avec grâce. Robert, subjugué par tant de charmes, oublie toutes se)

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craintes; elle le conduit uisensiblement près du tombeau de sainte Rosalie, et se laisse ravir un baiser, en lui indiquant du duigt le rameau qu'il doit cueillir. , Robert , enivré d'amour, saisit le talismsn; alors toutes les nonnes forment autour de lui une chaîne désordonnée. Il se fraie im chemin au milieu d'elles, en agitant le rameau. Bient6t la vie qui les animait s'éteint par degrés, et chacune d'elles vient retomber auprès de son tombeau; un démon, qui sort de chaque tombe, s'assure de sa proie. En ce momint on enteud au milieu des cloitres un sourire infernal.)

LE CHOEUR

11 est à nous.

Accourez tous; Spectres, démons.

Nous triomphons.

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