SCÈNE VI
RACHEL, LEOPOLD, paraissant à la croisée du fond RACHEL, l'apercevant.
C'est lui!
(Tombant sur un fauteuil.)
La force m'abandonne !
LEOPOLDj ^'approchant d'elle doucement.
Rachel, ma bien-aimde, à mon aspect frissonne!
i88 LA JÏÏTVE.
RACHEL, étendant la main vers lui.
N'approchez point, sais-je en cette maison Si vous n'apportez pas parjure et trahison,
" Vous que le mystère environne.
Vous qui, pâle et confus, tremblez?... je le vois bien.
LÉOPOLD
Oui, mon regard tremblant est celui d'un coupable! Je t'ai trompée... et le remords m'accable!
RACHEL
Samuel!
LÉOPOLD
Tu sauras tout, ton Dieu n'est pas le mien I
RACHEL
. Qu'ai-je entendu?
LÉOPOLD
Je suis chrétien.
DUO
RACHEL, se levant.
Lorsqu'à toi je me suis donnée.
J'outrageai mon père et l'honneur !
Mais j'ignorais... infortunée.
Que j'outrageais un Dieu vengeur !
LÉOPOLD
Quand mon âme à toi s'est donnée.
Fortune, dignités, grandeur !
J'oubliais tout... ma destinée Est en toi, comme mon bonheur 1
RACHEL
Mais ta loi me condamne et défend que je vive! La juive, amante d'un chrétien.
Le chrétien, amant d'une juive.
Sont tous les deux frappés de mort... le sais-tu bien?
LÉOPOLD
Je le sais!... Mais qu'importe! vien!
ENSEMBLE
LÉOPOLD
Que ton cœur m'appartienne, Que l'amoin- nous enchaîne, El juive, ou bien clu-étienne