SCÈNE V
ÉLÉAZAR, seul.
Va prononcer ma mort : ma vengeance est certaine; C'est moi qui pour jamais te condamne à gémir!
AflTE IV. SCftNE V. 209
J'ai fait peser sur toi mon éternelle liaine.
Et maintenant je puis moui'ir !
Mais ma fille!... ô Rachel!... quelle horrible pensée
Vient soudain déchirer mon cœur !
Délire aftreux ! rage insensée !
Pour me venger, c'est toi qu'immole ma fureur!
AIR
Rachel ! quand du Seigneur la gi-àce tutélaire, A mes tremblantes mains confia ton berceau. J'avais à ton bonhem' voué ma vie entière , 0 Rachel!... et c'est moi qui te lin-e au bourreau! J'entends une voix qui me crie :
« Préservez-moi de la mort qui m'attend; a Je suis si jeune et je tiens à la vie !
« Mon père, épargnez votre enfant ! )♦ Et d'un seul mot arrêtant la sentence.
Je puis te soustraire au trépas !
J'abjure à jamais ma vengeance, Non, Rachel, tu ne mourras pas.
CHOEUR, eu dehors.
Au bûcher, les juifs! qu'ils périssentl La mort est due à leurs forfaits !
ÉLÉAZAR
Quels cris de furoiu' retentissent?
"Vous demandez ma mort, chrétiens!... et moi j'allais Vous rendre mon seul bien, mon trésor!... non, jamais! Israël en est fier; Israël la réclame; C'est au Dieu de Jacob que j'ai promis son âme! Elle est à nous ; c'est notre enfant Et j'irais, en tremblant pour elle.
Prolonger ses joui's d'im instant.
Pour la déshériter de la vie éternelle.
Et du ciel qui l'attend?
Non, non. Dieu m'éclaire!
Fille chère, Près d'un père, Viens mourir ; Et pardonne.
Quand il donno La coiu'Oîui'î Du martyr!
Plus de plainte, Vaine crainte Est éteinte ^ En mon cœur.
Saint délire !
Dieu m'inspii'e.
Et j'expire
Vainqueur.
Dieu m'éclaire!
Fille chère, Près d'un père, Viens mourir; Et pardonne.
S'il te donne La couronne Dii martyr!
(F.a ce moment, Ruggiero et plusieurs gardes paraissent à la porte de la ehamlu e du concile, et font signe à Éléazar de les suitre. Il se précipite sur leurs pas et, pendant ce temps, ou entend en dehors le ohœur du peuple. ) LE CHOEUR DU PEUPLE.
Au bûcher, les juifs!... qu'ils périssent!