ACTE IV, SÇiNE IV
A ses regards hciu'enx!
Dieu! dissipez son rêve.
Qu'il triomphe et s'élève Près de vous jusqu'aux cieux!
BROGNU
Ainsi tu veux moui'ir?
ÉLÉAZAR
Oui, c'est mon espérance; Mais je veux avant tout, et siu- quelque chrétien. Me venger ! ce sera sur tci !
BROGNI.
Je ne crcunsrien! Et je puis braver ta vengeance!
ÉLÉAZAR
Peut-êti'e!...
BROGNI.
Que dis-tu?...
ÉLÉAZAR
Je ne suis pas, je pense.
Le seul à qui la flamme, hélas ! aura ravi
Ce que j'avais de plus cher!... Vous aussi, Quand du roi Ladislas secondant la furie, Les fiers Napolitains dans Rome sont entrés *, Vous avez vu vos toits au pillage livrés,
Et ton palais en proie à l'incendie!
Et ta femme expuante!... et ta fille chérie. En recevant le jour, mouiante à ses côtés...
UROGNI.
Tais-toi, tais-toi, cruel! que ces jours détestés. Par qui j'ai tout perdu, s'effacent et s'oublient!
ÉLÉAZAR, à demi voix et avec force.
Non, tu n'avais pas tout perdu !
Les juifs par toi bannis de Rome...
liROGM, avec émotion.
Que dis-tu?
* Le roi de Naples, Ladislas, s'empara de Rome la nuit, par surprise; il y exerça mille cruautés, et incendia plusieurs quartiers de la ville. Brogni, malgré le pillage et la ruine de son palais, prêta jusqu'à \ingt-sept mille écus d'or au pipe Jean XXlll, qui, avec ce secours, leva quelques troupes, reprit sa capitale, et rétablit son pou» voir dans la ville de Bologne.
208 lA JUIVE.
ÉLÉAZAR
Oui, ces juifs que vos lois châtient, Étaient là... déguisés... errants... mais les premiers Cornant braver la flamme et sauver vos loyers !
L'un d'eux avait saisi ta fille; L'un d'eux l'avait vivante emportée en ses bras!
BROGNI, hors de lui.
Et quel est-il? réponds.
ÉLÉAZAR
Tu ne le sauras pas!
BROGNI, hors de lui.
Ma fille!... mon enfant! quoi! ce n'est point un rêve» Ah ! par pitié, cniel, achève.
(S'agenouiUant devant lui.)
Tu me vois à tes pieds : daigne combler mes vœux. Dis un mot, un seul mot, ou j'expire à tes yeux!
ÉLÉAZAR, d'un air triomphant.
Eh! de quel droit viens-tu, toi que la haine anime. Implorer ton pardon aux pieds de ta victime? Non, non, je reste som'd à tes vaines doulem'sl J'ai bravé le bûcher, je braverai tes pleiu-s!
Oui, ta fille respire.
Oui, je connais son sort, et seul je peux le dire; Mais j'emporte au tombeau mon secret avec moi. Calme, j'attends la mort, et tu trembles d'eflioi.
Qu'en vos mains le fer brille,
Que la flamme pétille.
C'est combler tous mes voeux!
Que mon destin s'achève.
Le bûcher qui s'élève
Nous rapproche des cieux .
BROGNI.
Tu le veux, tu le veux.
N'accuse que toi d'un ari'èt odieux.
(li eatre dans la chambre du concile.)