‹ Théâtre de Eugene ScribeChapitre 259 sur 349 · ACTE HT, SCÈNE HT · texte numérisé non relu

ACTE HT, SCÈNE HT

Le mot d'ordre ! ou qu'on meure!

VALENTINE

Ah! Raoul!

MARGE t.

Bien cela!

Avancez! — Une femme!

Et voilée!... Ah! Seigneur!

Il y va de mon âme !

VALENTWE.

As-tu peur!

MARCEL

Moi, Marcel!... moi, peur!

VAL! NTINE.

Écoute-moi!... Raoul en ces lieux va se rendre.

MARCEL

C'est vrai.

VALENTINE

Pour un duel.

C'est vrai... contre un damné.

Pour venger son honneui-.,. Dieu saura le défendie.

VALENTINE

Qu'il ne vienne au combat que bien accompagné.

MARCEL

0 ciel! de quels périls est-il environné? Achève!

VALENTINE

Je ne puis, mais tu dois me comprendre; Qu'il ne vienne au combat que bien accompagné.

(Marcel, effrayé, s'éloigne vÎTement.) VALENTINE, seule.

L'ingrat d'une offense mortelle A blessé mon cœur fidèle, Et malgi-c moi, son image cruelle Règne encor dans ce cœur, objet de ses mépris.

MARCEL, rentrant et à part.

Je courais avertir mon maître et le défendie; Insensé! j'oubliais... il n'est plus au logis! En sortant... dans ces lieux il m'a dit de l'attendre! Où le joindre?... et comment lui donner cet avis? Cherchons-le!... qu'ai-je dit?... si pendant mon absence

Contre lui d'assassins une troupe s'élance,

Par le fer meurtrier assailli... sans défense...

En appelant Marcel à son aide... il mourra!

Restons... restons plutôt! mais seul... que peut mon zèle?

Mourir à ses côtés, en servitem' fidèle.

Dieu puissant, vois mes pleurs et ma crainte mortelle.

Prends pit'é d'un vieillard qui toujours t'adora!

VALENTISE, l'apercevant et courant k lui.

Tu m'as compris?

MARCEL

Un mot : — cet avis, qui le donne?

VAI.ENTINE.

Fais-en bien ton proflt; Adieu, cela suffit.

MARCEL

Trahison! quelle es-tu? parle, je te l'ordonne!

VALENTWE.

Je ne le puis!

MAUCEL.

Je m'attache à tes pas.

D'où vient un tel avis?

VALESTINE,

Tu ne le sauras pas!

MARCEL

Qui donc es-tu? réponds! ou par le ciel lui-même...

VALENTINE, tremblante.

(a demi toîx.)

Grands dieux!... eh bien! je suis une femme qui l'aime, Qui s'expose poiu* lui, qui veille siu- ses jorn-s. Et qui doit désormais l'oublier pour toujours.

MARCEL, attendri.

Vraiment?

VALENTltîE.

Ah ! tu ne peux éprouver ni comprendre Ces tourments, ces combats que nul mot ne sait rendre. Où tour à tour triomphe ou l'amour ou l'honneur!

(a part.)

Pom" sauver du trépas une tête si chère. Malgré moi je trahis et l'honneur et mon père!

(Montrant l'église.)

Mais je viens de tout dire à Dieu même, et j'espère

Page 1