‹ Théâtre de Eugene ScribeChapitre 279 sur 349 · ACTE IV. SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV. SCÈNE VI

RAOUL

Je le dois !

C'est trahir ma tendresse!

RAOUL

Et rester... c'eçt trahir rhoiineiir et l'amitié!

ENSEMBLE

RAOUL

Le danger presse, le temps vole.

Laisse-moi, laisse-moi partu- !

Ce sont mes frères qu'on immole.

Laisse-moi, laisse-moi partir !

L'honneur le veut, je dois te fuir.

VALENTINE

Si tu me quittes l'on t'immole; Garde-toi, garde-toi de fuir, 0 mon seul bien, ma seule idole!

Garde-toi, garde-toi de fuir.

Ah! te perdre serait mom-ir!

(Le retenant près de la porte où il s'est élancé.)

Non, pai- toi ce seuil redoutable Ne sera pas franchi ! je m'attache à tes pas !

RAOUL, cherchant à se dégager.

En t'e'coutant, je suis coupable!

VALEMINE.

En t'ecoutant, ne le suis-je donc pas?

Je le fais cependant, et dans mon trouble extrême Je ne vois plus que toi dont les jours sont proscrits!

Reste, Raoul, et si tu me ;;héris.

Si tu m'aimes encor.. ,

RAOUL

Plus que jamais je t'aime. Je voudrais te donner et mon sang et moi-même! Mais immoler les miens, mes frères, mes amis !

VALENTIÎSE.

Mais, sorti de ces lieux, chaque pas dans la ville Peut t'ofii-ir un danger ! et poiu- t'en préserver Reste ici, cette nuit! reste dans cet asile î

RAOUL

Je ne puis!

â78 LES HUGUENOTS.

VALENTINE

Et la mort !

RAOUL

Je saurai la braver.

VALENTINE

Eh bien donc, si ma voix vainement te supplie,

Et si mon malheur seul peut préserver ta vie,

Enfln... s'il faut me perdre afin de te sauver,

Reste, Raoul, reste... je t'aimel...

BAOUL.

0 bonheur suprême !

0 délire ! . . . ô tran sport !

Quel mot du ciel s'est fait entendre I Oui! cet instant change mon sort,

Vienne à présent la mort, Puisqu'à tes pieds je puis l'attendre.

VALENTINE

Ah ! qu'ai-je dit!... giâce et pitié !

RAOUL

Oui, tu l'as dit... oui, tu m'aimes.

Cesl le jour qui renaît, c'est l'air pur des cieux mêmes ! Auprès de toi que tout soit oublié !

Parle encore et prolonge De mon cœur le doux sommeil !...

(La pressant contre son cœur.)

Et si mon bonheur est un songe.

Que jamais, ô mon Dieu, n'arrive le réveil!

(il tombe à ses genoux et l'entoure de ses bras. On entend dans le lointain son d'une cloche.) RAOUL, se relevant.

Entends-tu ces sons funèbres I

VALEMTINE, à part.

Ils me glacent de terreur!

RAOUL

Du sein des noires té-nèbres S'élève un cri de fu»eur !

(Portant la main à son front et comme sortant de son égarement.)

OU donc étais-je ?

VALENTLNE.

Auprès de moi, dont les prières...

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