‹ Théâtre de familleChapitre 2 sur 104 · SCÈNE PREMIÈHE VILAIN, JULIETTE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈHE VILAIN, JULIETTE

vilain est iIhIiouI, tenant nne Iniurriche et un ljuui[uel. JULIETTli, diiiis la coulisse.

Oui, ce sonl (.las manaiils cl diis malolrus!

Elle entie.

A qui eu avcz-vous donc ?

J t r, lETTli.

On n'a pas ti'idco de l'impcrlinencc de cos vilaiiipaysans!

8 THfiATR i: DE FAMILLE

VILAIN

(JLK' VOUS a-t-oii t'ait ?

Vous savez que c'est aujourd'hui la fête de umdemoiselle. Pour célébrer cet heureux anniversaire, madame m'avait dit : « Va faire un tour dans le pays, et tâche de trouver quelque friandise. >' Justement, à la i)orte deTaubergiste, j'avise trois beau.x. perdreaux, je veux les emporter. Pas du tout. On a l'audace de me répondre : « Ils sont vendus. —Et à qui donc, vendus? — A madame Pinchon... » A madame Pinchon ! Où allons-nous, mon Dieu?

VILAIN

Dame, si elle paye !

lULI EÏTK.

VA cette aubergiste, cette madame Martin, conceve/.-vous qu'elle refuse ses perdreaux à madame la baronne, dont elle est locataire?

Si elle paye!

VI LAI x.

JULIETTE

Si elle paye ! si elle paye ! Vous n'avez que ce mot à la bouche. Vous êtes comme les autres : vous croyez que l'argent fait tout.

VILAIN

Dame, mamselle, il fait beaucoup de choses.

LKS (iENÏII.LATKES ri; LIETTE.

Une madame Pinchon, une meunière, qui mani^^c des perdreaux!... Qu'est-ce que nous mangerons donc, au château?

Vous mangerez du faisan. Kn voilà deux que j'ai tués dans le bois Verdot, et que monsieur d'Orgeville envoie à madame la baronne.

1 UL1I-; TTE

A la bonne heure. Voilà un monsieur qui sait vivre. J'ai entendu dire précisément qu'autrefois le bois Verdot était un fief relevant du château de Vaguebois.

Autrefois.

J liL 1 ETTi:.

De sorte que monsieur d'Orgeville est fondataire de madame.

Feudataire... Voyez-vous, ma fille, vous ne connaissez pas mieux le mot que la chose. Tout cela, c'est de l'histoire ancienne, c'est de la vieille monnaie qui n'a plus cours en France.

JULIETTE

Vous êtes un révolutionuaire!

U) THEATHI-: DR FAMILLE

La dmle do lévolutionnaire, allez! Si vous saviez mon histoire...

Eh ijien , coiitez-ia-moi. .1 aime assez à écouter des histoires.

VILAIN

Mais moi, j'aime beaucoup à ne pas raconter la mienne.

lULlKTTE.

Si vous croyez que j'y tiens! Une lielle perte, en vérité! L'histoire d'un vieil ivrogne qu'on a fait garde-chasse pour rera[5êcher de braconner, ce doit être bien intéressant! Mais... j'entends madame la baronne. Vous pourrez lui présenter vous-même vos faisans. Ça lui fera plaisir ; car madame a un faible pour vous. Je ne sais pas pourquoi, par exemple.

Ma foi, ni moi non plus. Elle aime à me faire jaseï' ; mais elle a de bon vin : c'est tout ce qui m'importe.

Juliette sorti

LES GENTiLLATHKS

SCÉNK 11

VlLAIiN, LA liARONNE.

Ah ! f'L'sl loi, Vilain, j(! suis ciicliaiitée de [v vu (lomraenl so porle monsieur d'Oriieviilo?

Il va l'orl J)iei], et se [iropose de venir présenter ses hommages à madame la baronne. Il m'a envoyé en avant avec ces faisans, et ce bouquet que monsieur Paul a cueilli pour mademoiselle Isaure.

LA B AUON NE.

H est vraiment fort aimable, ce cher monsieur d'Ori^eville. Pourquoi n'est-il pas venu me demander à déjeuner ".'

Je ne saurais vous dire ; mais il y a sous jeu quehjue aiïaire d'importance, ^lonsieur s'est lait raser; il a mis son habit noir avec ses décorations, l't il a commandé la calèche nour midi.

LA BARONNE

J'aime assez cela. Gela prouve chez monsieur d'Orgeville un respect des convenances, qui se perd de plus en plus. Bien que la campagne et le voisinage autorisent, jusqu'à uu certain point, les visites sans façon, il est toujours bon d'observer l'étiquette. C'est faute d'étiquette et de subordination que la France est tombée dans le gâchis. Tu remercieras monsieui' d'Orgeville de ma part. En attendant, va te rafraîchir à roftice. (vilain se dirige vers la

porte.) Ah ! dis-moi, Vilain, en passant, as-tu remarqué le. nouveau pigeonnier ?

Ça, oui. l'our un beau pigeonnier, c'est un beau pigeonnier.

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