‹ Théâtre de familleChapitre 26 sur 104 · LK HAKON · texte numérisé non relu

LK HAKON

Calme-toi; il n'est pas question de toi. mais de ce marquis mystérieux.

VILAIN

C'est que, voyez-vous, ce marquis et moi, nous sommes logés dans la même chemise.

LE BARON

Toi, marquis!

VILAIN

iMoi-même, Jean-Jacques Vilain, fils unique et légitime de Jean-Pierre-André Vilain, sire de Kardec, marquis de Vagucbois... Ah! cela vous étoime de voir un marquis garde-chasse? Que voulez-vous! puisque tant d'autres

50 THÉATRK DE FAMILLE

montent, il faut bien que nous descendions, nous autres. C'est la roue qui tourne. Oh ! la dégringolade date de loin. Mon père, est mort insolvable ; mon grand-père n'était pas plus riche. On ne nous avait pas appris à gagner de l'argent, mais à chasser, à monter à cheval, à verser gaiement no tre gang sur les champs de bataille ou sous un réverbère, pour le roi ou pour les beaux yeux d'une coquette; si bien que, pied à pied, jour par jour, nos intendants et les coulisses de l'Opéra nous ont subtilisé tous nos domaines ; et nous nous sommes trouvés sur la paille, oîi nous avons enseveli nos écussons.

LA BARONNE

Est-il bien possible ?

Moi, je me i^uis fait soldai, et j'ai sabré les Bédouins à tour de bras ; mais je ne connaissais pas la mathématique, et je connaissais trop l'absinthe, un petit poison vert qui vous égayé d'abord, et puis qui vous brise l'intelligence, le cœur, la volonté. Je serais resté éternellement soldat. L'envie me prit de revoir le pays. Je braconnai ; on me mit en prison ; et c'est là que monsieur d'Orgeville, mon ancien officier, est venu me chercher, pour me faire son garde-chasse. C'est un honnête homme, je vous le certifie, madame. Et puis, j'ai mis un fusil dans les mains du petit Paul. Ah ! si vous l'aviez vu à son premier lapin ! Quelle grâce, quel coup d'œil, et comme il épaule ! Je croyais revoir mon grand-père. Et dame, qui suit, mon grand-père, dans sa jeunesse, était un vert-galant.

LES GE NTILLATRES 51

Page 1