‹ Théâtre de familleChapitre 34 sur 104 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

RAYMOND, seul.

Dire qu'hier, je me promenais libre et joyeux sur la

plage, sans souci, sans remords. J'étais trop heureux. L'amour de Carlila, c'était le bonheur pour le présent, pour l'avenir, pour toute la vie... Et maintenant, tout est compromis, parce que ja me suis trouvé à une table de jeu avec un jeune homme qui avait trop dîné. El il faut que ce jeune homme, que je n'avais jamais vu, soit le frère de Garlital C'est une fatalité... Je ne l'avais jamais vu, et maintenant je le vois toujours, je le vois 'les yeux fermés : il est sans cessé devant moi, ce fantôme sanglant!.. Quelle horrible chose que le duel! Il nait un enfant dans une famille, un petit être d'abord chétif et vagissant, dont mille dangers menacent la débile existence, mais que protège l'ingénieuse, l'incomparable tendresse d'une mère. L'enfant grandit; vient la jeunesse : nouveaux dangers, nouvelles sollicitudes, nouvel le victoire de l'amour maternel. Et ce produit admirable de vingt années d'amour et de dévouement, nous le brisons en une minute pour un mot, pour un geste malséant!... Et toutes les mères ne se révoltent pas contre cette barbarie!... L'opinion l'approuve; la loi ferme les yeux. Elle a raison i)eut-ctre; car la punition est inévitable. Le duel, c'est une arme à deux tranchants : la mort d'un côté; de l'autre, le remords! Mais Dieu ne permettra pas que ma vie soit chargée d'un fardeau si terrible.

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