SCÈNE VIII MADAME DE VERNEUIL, VALENTINE
VALENTINE
Eh bien, que dis-tu de ton adorateur?
MADAME DE VERNEUIL
Tu pourrais bien dire notre adorateur, car tu as une bonne part dans ses attentions. ^
VALENTINE
Oh! pour moi, j'y renonce. Il m'intéresse fort peu, ton monsieur Horace, avec ses éternelles hésitations... Un homme qui ne sait jamais ce qu'il veut!
MADAME DE VERNELIL.
Tu es jeune, Valentine, et tu ne sais pas ce que tu dédaignes. Un homme qui ne sait ce qu'il veut, mais c'est un trésor en ménage : sa femme voudra pour lui. Tu ne sais pas, innocente, quel bonheur on éprouve à faire ses volontés. Je n'en sais qu'un plus doux, c'est de suivre en esclave les ordres d'un maître qu'on adore, (euc soupire.) Mais c'est moins sûr et moins durable.
VALi:>TINE.
C'est possible; mais enfin il ne me plaît pas.
MADAME DE VERNE UI T
Tu es bien difricile ! Je connais quelques femmes qui s'en accommoderaient très-bien. C'est un homme de mérite, fort instruit, généreux, d'humeur assez facile, convenant de ses travers, aimable quand il veut; et, malgré son indécision, il y a peu d'hommes qu'on lui puisse comparer.
• VALENTINE
Tu le traites en ami.
MADAME DE V !■: liNEL If..
.Mais loi-mèmc, l'an pas.sé, tu le jugeais avec plu?
i!0 THÉÂTRE DE FAMILLE
d'équité. Écoute, petite sœur, je soupçonne que quelqu'un lui a fait tort dans ton esprit, quelqu'un que nous avons i-encontré aux Eaux-Bonnes, quelqu'un qui se trouvait toujours, par le plus grand des hasards, sur la route que* nous suivions; quelqu'un que je pourrais nommer... Tu rougis : c'est donc vrai?
VALENTINE
Oui, ma sœur, c'est vrai. Monsieur de Marans et moi, nous nous sommes expliqués, et nous sommes d'accord , si toutefois tu veux bien approuver nos projets.
MADAME DE VERNEUÎL.
J'approuve. Ainsi, tu renonces complètement à M. Horace?
VALENTINE
Complètement.
MADAME DE VERNEUIL
Tu n'auras pas de regrets? C'est bien vu, bien entendu. Une fois, deux fois, trois fois... Personne ne dit mot?... Ehbien, je me l'adjuge.
VALENT INK
Bravo! je t'approuve à mon tour; mais tu entreprends un travail héroïque. Pour débusquer cette irrésolution tenace de tous les faux-fuyants où elle se dérobe, ce sera aussi rude que le siège de Sébastopol, et tu n'auras pas trop de toute ta vaillance.
LFNDÉCIS 111