‹ Théâtre de familleChapitre 89 sur 104 · SCÈNE VF · texte numérisé non relu

SCÈNE VF

BAPTISTE, puis JUSTINE.

BAPTISTE, seul.

Il s'étend sur une eauseuse.

Quelle folle idée j'ai eue, de mettre les babits de mon domestique pour mieux étudier ma future, et choisir avec

discernement celle qui doit présider au bonheur de ma vie. Pour quelqu'un qui veut se ranger et se marier, voilà un joli début! C'est qu'en vérité, ce n'est pas facile de soutenir mon rôle... J'ai pourtant vu des situations pareilles dans bien des comédies... Mais oui, j'ai vu cela dans les Jeux de Pamour et du hasard... L'acteur qui jouait ce rôle, le jouait, ma foi, fort bien... J'aurais dû prendre des leçons...

JUSTINE, entrant, à part.

Tiens, voici un gaillard qui prend ses aises. Au fait, quand les maitres n'y sont pas... (Haut.) Bonjour, monsieur Baptiste ; que faites-vous donc là?

BAPTISTE, se levant précipitamment.

La soubrette! (ii se rassoit.) Vous le voyez, je range cette pièce.

JUSTINE

C'est comme moi, je repasse les cols de madame. Il faut bien se donner quelques moments de liberté.

Elle s'assied.

BAPTISTE

Je suis enchanté de faire votre connaissance.

JUSTINE

Moi, de môme. Il y a si peu de monde à voir à la campagne. Nous sommes ici comme Robinson dans son île déserte, au milieu des Iroquois ; et je me demande vraiment ce qui peut attirer votre maître en ce pays.

BAPTISTE

11 no m'a pas fait ses confidences.

JUSTINE

Ah! vous êtes discret, c'est bien; mais c'est fort inutile. Je sais que votre maître vient ici pour se ranger sous les lois de l'hyménée.

BAPTISTE. I

Puisque vous êtes si bien renseignée , je ne vois pas ce que je pourrais vous apprendre.

JUSTINE

Et votre maître a bien raison. C'est une si belle chose que lu mariage! Moi-mêmej'ai refusé déjàbien des partis; mais aujourd'hui je pense qu'étant jeune, bien faite, spirituelle et modeste, je serais trop égoïste si je me vouais au célibat. Et vous, monsieur Baptiste, qu'en pensez-vous?

Je suis de votre avis. Il faut se marier ; c'est la commune loi, et quand même on devrait se repentir...

JUSTINE , minaudant.

Mais on ne se repent pas, quand on sait bien choisir. A propos de choix, dites-moi donc, je ne suis pas curieuse; mais il y a ici trois demoiselles à marier, et j'aimerais assez à savoir quelle est celle que votre maître épousera?

BAPTISTE

Puisque vous n'êtes pas curiease, je veux bien vous le dire, mais vous serez discrète.

JUSTINE

Ohl pour cela, je suis connue.

, BAPTISTE

C'est... Personne ne peut nous entendre?

JUSTINE

Allez donc.

BAPTISTE

Eh bien, c'est... l'une des trois.

JUSTINE

Vous n'êtes pas gentil !

BA PTISTr.

Je vous jure que je ne sais rien de plus; mais, ditesmoi, vous avez élevé ces demoiselles...

JUSTINE

Elevé ces demoiselles! Ne dirait -on pas que je suis leur nourrice? Mais je suis jeune, monsieur, vous n'avez donc pas d'yeux, presque aussi Jeune qu'elles...

BAPTISTE

Pardon. Je voulais dire : vous les voyez de près, vous devez les connaitre Irès-bisn. Elles sont fort aimables?

JUSTINE

Fort aioiables, comme moi.

BAPTISTE

Elles feront d'excellentes femmes?

JUSTINE

Et moi aus.«i.

BAP TI.«; TE.

Et vous aussi, sans doute; mais enfin, si vous étiez ù la place de monsieur de Clary, quelle est celle que vous clioisiriez, quelle est la plusaffable, la plus aimante, la plus douce?

JUSTINE

Puisque vous n'êtes pas curieux, je veux bien vous le dire; mais vous serez discret.

BA PTISTE.

Comme vous-même.

JUSTINE

Eh bien, c'est l'une des trois.

218 T HÉATRE DE FAMIJ.LE

BAPTISTE

Méchante!

JUSTINE

Je jure que je ne sais rien de plus; au surplus, confidence pour confidence. Mais ces demoiselles doivent avoir fini de dîner. Je ne veux pas qu'elles me surprennent ici. Au revoir, Baptiste ; vous viendrez diner avec nous.

Elle sort.

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