SCÈNE VII
BAPTISTE, puis MARIE.
BAPTISTE, seul.
Me voilà bien avancé! Je ne voudrais pourtant pas choisir les yeux fermés, comme font tant de maris! Mais devinez donc les travers et les défauts des demoiselles bien élevées. Au premier coup d'œil, c'est la perfection même : tenue modeste , paroles réservées , air timide ; des anges en jupon, jusqu'au jour fatal qui fait de quelques-uns de ces auges de terribles commères, qu'il faut, de par la loi, adorer à perpétuité. J'avais espéré qu'à l'aide de ce traestisfemcnt... Mais en voici une.
MARIE, orriTODt en cfaantant.
Ah! VOUS ôles encore ici, monsieur Baptiste. .
BAPTISTK.
J'allais me rendre à roffice pour aUendre le dîner.
MARIE
Oh! vous avez bien le temps, au moins une grande demi-heure; ot puisque vous voici, attendez un moment que je finisse ces comptes que vous remettrez à Justine.
(Elle fait semblant de compter, puis s'interrompt.) PoUSeZ-VOUS quO
monsieur de Clary reste longtemps ici?
BAPTISTE
J'ignore ses intentions; mais je suis sûr qu'il aura peine à vous quitter ! Vous êtes si aimables...
MARIE
Si aimables ! vous nous flattez. Certainement, mes sœurs sont aimables, mais... elles ont leurs défauts. Qui n'en a pas, du reste ? Louise, par exemple, c'est une excellente fille, mais elle est si grave et si sérieuse, qu'on n'ose rire avec elle. Elle a l'air d'être notre grand'mèrc : sa conversation est amusante comme un sermon. 11 lui faudrait un mari bien respectable...
BAPTISTE
Vous pensez donc qu'un jeune homme...
MARIE
Un jeune homme ne lui conviendrait nullement. Quant
à Caroline, c'est une enfant pleine de bonnes qualités et \
surtout de bonne volonté; mais elle est un peu simple, j
Figurez-vous qu'elle vous avait pris pour votre maître, \
et l'autre jour encore...; mais cela ne peut vous inté- '
resser. Parlons plutôt de monsieur de Clary. Il est d'une ;
très-bonne famille ? . ;
BAPTISTE. î
D'une bonne famille, en effet. j
MARIE. j
C'est que moi, voyez- vous, j'ai un faible pour les gens j de qualité; et l'homme le plus aimable perdrait « mes ' yeux tous ses avantages, s'il n'avait un beau nom, ;
BAPTISTE. I
Certes, un noble nom sied bien à un noble caractère et i semble l'annoncer; malheureusement, ces deux choses ne J vont pas toujours ensemble; et lorsqu'il faut choisir, ; l'homme vaut mieux que le nom et la réalité qu'une i menteuse étiquette. '
MARIE. î
Ce n'est pas mon avis, et je ne connais pas de supplice ■ pareil à celui de traîner toute sa vie un nom vulgaire, '' quand on a des amies qui vous écrasent de leur titre ou ] de leur nom sonore. Ce serait à fuir les salons. 1
BA PTISTK.
Je connais, mademoiselle, un supplice plus giarnl : c'est d'avoir un mari ridicule ou méclianl, et d'être malheureuse autrement qu'en idée.
MARIE
Au fait, Baptiste, vous ne pouvez pas comprendre mes idées. Elles sont inaccessibles aux gens de votre espèce.
BAPTISTE
Alors je crains bien que mon maître n'ait pas le bonheur de vous plaire ; car son vrai nom est Robineau : Glary n'est que le nom d'une terre.
MARIE, à part.
Robineau ! Je m'appellerais madame Robineau! jamais.
BAPTISTE
Ce que je vous ai dit vous aurait- il déplu ?
MAIUE.
•A moi! qu'est-ce que cela peut me faire? (Eiie s'enTa «n riani.) Roblncau ! 11 faut que je conte cela à mes sœurs... Mais non, j'aime mieux leur laisser le plaisir de la surprise.
Elle «ort.