OSCAR, CROUSTILLAC
CROUSTILLAC
Monsieur, qu'y a-t-il pour votre service ?
OSCAR
La place Vendôme, s'il vous plaît ?
CROUSTILLAC
Comment! la place Vendôme.
OSCAR
Pardon, je me croyais à Paris; je veux dire: la place Duquesne, s'il vous plaît?
CKOUSTILl-AC.
Et VOUS venez dans ma maison, au premier étage, me demander votre ciiemin ! Vous moquez-vous de moi, mousieur?
Excusez-moi. Je vois que je vous dérange. Vous êtes occupé...
II veut s'esquiver.
CROUSTILLA C, le retenant.
Excusez-moi à votre tour; mais il y a beaucoup de malfaiteurs dans le pays. Ou vous êtes un malfaiteur, et je vous fais arrêter ; ou vous avez quelque chose à me dire, et je vous écoute !
Il lui montre uu siéxe.
Vous avez raison, (ii s'assied.) Monsieur..., que pensezvous de la question allemande?
c R O U s T I L L A c , bondissant .
La question allemande! êtes- vous fou, monsieur?
OSCAR, à 1 art.
Diable d'homme! (Haut.) Mon Dieu, monsieur, vous ne croyez pas si bien dire. J'ai une rage de dents qui me rend
ose A H 2.49
fou de douleur : et puis, votre abord un peu brusque, caivous avez l'abortl un peu brusque, tout cela m'avait fait perdre le fil de mes idées. Le fait est que je cherchais un dentiste qu'on m'avait indiqué dans cette niiiisoa. Il parait qu'on m'avait mal renseigné.
CROUSTILLAC
Au contraire, on vous a fort bien renseigné. 11 y a précisément un dentiste qui loge dans cette maison, le docteur Ignare.
OSCAR, à part.
Voilà un hasard, (iiaut.) Ignare, le docteur Ignare, c'est justement ce nom-là. Merci, monsieur, de vos renseignements, et désolé de vous avoir dérangé.
n fnit quelques pas vers la porte.
CROUSTILLAC
Mais où allez-vous donc ?
OSCAR
Je viens de vous le dire, chez le docteur Ignare.
CROUSTILLAC
C'est moi, monsieur !
OSCAR, ahuri.
Gomment, c'est vous?
CROUSTILLAC
Qu'y a-t-il d'étonnant? Vous me trouvez chez moi, à l'heure de mes consultations. Mettez-vous là et voyons cette dent.
OSCAR, à part.
Je suis pincé!
n s'assied dans le fauteuil et ouvre la bouche. CROL'STILLAC.
Voilà une triste mâchoire. Je ne m'étonne plus si vous souffriez à en perdre la mémoire. Nous allons faire un vaste abatis.
Permettez, il me semble que la douleur diminue ; et je ne suis pas encore bien décidé à l'opération.
CROUSTILLAC
Mais je le suis, moi ; et de plus j'y suis obligé en conscience, car voilà une dent qui pourrait causer de graves complications. Par malheur, elle est barrée ; mais il ne sera pas dit que j'aie reculé devant une dent barrée. Je vous arracherais plutôt la mâchoire. Nous allons faire une superbe opération : inciser les gencives, scier les os, extirper les racines, cautériser les chairs...
OSCAR
Ah ! mais, dites donc, comme vous y allez !
OSCAR 251
CROUSTILLAC
.Magiîilique opération, compliquée, douloureuse, mais très-intéressante au point de vue delà science. Ne bougez pas. Il faut que j'achève de poser une dent d'hippopotame à une jeune Anglaise qui est dans mon cabinet. Je suis à vous dans quelques minutes, i'rcnez patience, (n f^i' Je"
pas vers la porte et revient.) ÉtCS-VOUS UCrveUX, mOUSieUr? OSCA.R.
Extrêmement nerveux.
CR OUSTII.I.AC.
Alors, il faudra vous attacher... JNe craignez rien, j'ai des courroies solides. Vous serez ficelé comme une momie. Ne bougez pas.
11 sort.
OSCAR, observant le départ de Crojstillac.
Attends, mon bonhomme!
Il s'élanc« vers la porte et heurte madame Croustillac.