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Théâtre de fantaisie

1 entre par le fond, vient sur le devant de la scène, et avant d'ouvrir la bouche, il retourne au fond chercher un fauteuil sur lequel il s'assied.

C'est étrange, moi qui suis une nature énergique, jn esprit net, un caractère résolu, je me trouve aujouri'iiui singulièrement embarrasse! Que dire? que faire? .]ue décider? Moi, Legris, maître Legris, avocat au barbeau de Paris, avocat distingué, moi qui donne tous les ours des conseils aux autres, serais-je réduit à en demander? (Regardant à droite.) Sera-ce celle-ci ? (Regardant à gauche.) Sera-ce celle- là? (Regardant alternativement à droite et à gauche.) Sera-ce Angélique... dix-sept ans, blonde, mince, ingénue; complètement ingénue? — Sera-ce madame Plombière, veuve... sans enfants, âge indécis, bien conservée, spirituelle, mondaine, assez riche? — Celle-ci est peut-être un peu jeune. — Celle-là est peut-

être un peu... Moi, je ne suis ni trop jeune, ni trop... Enfin j'ai... trente-neuf ans. Dans six mois j'en aurai quarante et un... environ.

(Se levant.) Ah î quand il s'est agi de me marier, je n'ai pris conseil de personne. Après avoir hésite douze ans, -tr€izg'arrT5;'ty3atoTz^--fm5rrrt!pHn7fi..a,n&, mais hésite volontairement, j'ai conçu avec ma vigueur et ma soudainetêordinaires une résolution irrévocable. J'ai dit à mes parents, à mes amis, à mes connaissances, connues ounon, du palais, à tout Paris, à l'univers enfin : « je veux une femme, il me faut une femme! » Et voici que... Ah! voici le point délicat : c'est qu'au moment où j'en demande une à cor et à cri , mais une seule, on m'en apporte deux. (Adroite.) L'une blonde , ingénue... j'ai déjà dit cela... (a gauche.) l'autre veuve, sans enfants... Je l'ai déjà nommée. Ta droite.) Sera-Ce... ? (a gauche.) Sera-ce. .. ? (Se rasseyant dans le fauteuil.) Eh bien, laquelle dois-je prendre?Conseillez-moi. Hein? Vous dites? La jeune? Non? La... L'autre ? Non ? Gomment ? Vous ne connaissez ni l'une ni l'autre? Mais moi non plus. Ah! que je suis donc embarrassé!

J'ai deux amis, deux avocats d'une éloquence... égale mais d'un jugement sûr. Je pourrais les consulter. Seulement je les connais si bien l'un et l'autre que je sais d'avance l'avis qu'ils me donneront. Si je veux épouser Angélique... mademoiselle Angélique, je n'ai qu'à aller trouver Paul Leblanc. Si jedésire au contraire contracter * avec... je n'ai qu'un mot à dire à Pierre Lenoir. Si je les consulte tous les deux, grâce à ma résolution ordinaire, je serai tantôt pour Leblanc et tantôt pour Lenoir. (Se levant.) Si je les consultais ensemble? Si je mettais

KNTRE DEUX CHAISES .)

ux prises les deux adversaires, de leur discussion calme (^approfondie naîtrait peut-être la lumière. Oui, les ai^ç venir ici. tous les deux, leur dire : « Asseyez-vous à et là, » m 'asseoir au milieu, écouter les plaidoiries t juger! J'entendrai le Normand et le Gascon plaidant our à toui^t^/Tour à tour c'est une façon de dire, car 2 les conpaisy et ils sont capables de se battre. C'est égal ; je vais les mander à ma barre, et je jure u'après la séance je prendrai un parti... quelconque... vec ma resolution ordinaire. Voilà qui est bien décidé. Fausse sortie.) Réfléchissons. Une situation étant donlée, des caractères étant connus^ ne puis-je pas avec la agacité et la pénétration que je me reconnais à moiaéme, deviner par induction ce que dira chaque peronnage? Si je suis capable de prononcer et d'entendre ar la bouche et les yeux de l'esprit les discours des deux rateurs, qu'ai-je à faire de leur personne? Je puis me •rocurer à domicile les arguments pour et contre, sans aire aucune démarche et sans être humilié par les épi- ;rammes dont messieurs mes confrères n'ont jamais été vares. Parbleu! l'idée est lumineuse, et je veux imnédiatement en faire l'application avec ma...

C'est vous, maître Leblanc? Vous arrivez à propos. Vsceyez-vous là... non, je me trompe, de l'autre côté, ir place une chaise à droite.) Vous voici , maître Lenoir? -leureuse coïncidence ! Asseyez-vous là.

Il place une chaise à gauche et s'assied sur le fauteuil au milieu.

Figurez-vous, messieurs, que j'étais sur le point de ortir pour aller chez vous. J'avais une consultation à 'ous demander. Puisque ma bonne fortune vous envoie ci, je reste chez moi etj'entre en matière. Vous me con-

naisseztousles deuxpoarQnhommeénergiqueetdécidé? (Regardant alternativement à droite et à gauche.) — Oui. — Oui. — Eli bien^ je suis aujourd'hui embarrassé et indécis. — Ah ! — Ah î — Je compte sur vous pour me tirer de cette hésitation qui est si éloignée de mon caractère. — Parlez! — Parlez! — Vous n'êtes pas sans savoir que j'ai pris Phéroïque deteRTii nation de me marier. Je vous ai fait cette confidence.^à vous corn me. à tous nies confrères du palais, et vous l'avézaccueillie comme eux avec plus;ou moinsde gaieté. Voiis n'ignorez pas non plus que deux partis se- .présentent. (il salue à droite et à gauche.) Ils^agit de savoir SJ^^etaTlt tout à fait décidé à me marier, je dois, poHir Satisfaire r opinion publique, la rrrorale, mes. convenantes et- les vôtres, épouser mademoiselle Angélique ou accorder ma main à madame veuve P-lombière. La question ainsi posée, je donne, par ordre alphabétique, la parole à maître Leblanc, (il s'assied à droite, puis se lève.) Un motet non un discours: Epousez Angélique. (Même jeu à gauche.) Un fait et pas de phrases : Epousez la veuve Plombière. (au milieu.) Parbleu ; je l'avais bien prévu. Mais, messieurs, il faut des arguments, des discours, sans quoi je resterai toujours dans le même embarras. Plaidez au fond. La parole est à maître Leblanc.'

.(Adroite.) Dix-sept ans, messieurs, comprenez-vous la poésie et l'éloquence de ce chiffre? Dix-sept-ans ! Personne encore n'a touché, que dis-je? n'a respiré ce chiffre... pardon, cette fleur d'innocence. Regardeznous. L'an dernier, nos mains naïves bornaient leurs désirs à l'accoutrement d'une poupée. Aucun trouble ne peut atteindre cette eau calme et limpide. Nos parents ont toujours dû marcher dans le chemin de l'hon-

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