‹ Théâtre de fantaisieChapitre 14 sur 51 · SCENE IV NITOUCHE, DUMONT, FRANÇOIS · texte numérisé non relu

SCENE IV NITOUCHE, DUMONT, FRANÇOIS

FRANÇOIS, à Dûment.

Il y a là quelqu'un qui demande monsieur.

DUMONT

Qui donCj à cette heure ? Ah ! c'est vous, monsieur Nitouche?

Oui, mon garçon, j'arrive ce soir de Bergerac et je viens te voir en voyageur.

DUMONT

C'est fort bien fait à vous.

Et ta femme ?...

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DUMONT, embarrassé.

Elle va très-bien. Y a-t-il longtemps que vous m'attendez ?

Non, j'arrive à l'instant même. On m'a dit que Pauline...

DUMONT

Et quel heureux hasard vous a amené à Paris V

NITOLXHE.

Un hasard, dis-tu ? Pas le moins du monde. Que veux-tu que je vienne faire à Paris, si ce n'est revoir mes anciens amis, toi, et cette bonne Pauline ?

DUMONT

Et je vous remercie de cette bonne idée.

Sais-tu bien que c'est long, cinq ans!

DUMONT

C'est vrai qu^il y a déjà cinq ans.

Et j'avais besoin de vous embrasser, toi le fils de mon ami, et ta femme que j'ai vue naître, que j'ai tenue enfant sur mes genoux... Mais comment n'est-elle pas avec toi.

DUMONT, avec un embarras croissant.

Ah !... je vais vous dire... J'avais ce soir quelques courses...

D'affaires ?

Oui, prccisémcnt: de manière que pour ne pas s'ennuyer toute seule elle sera sans doute allée chez madame Marbeuf.

En soirée ?

DUMONT

Oh ! soirée intime ; soirée de conversation et de tapisserie.

Oui, je comprends cela ; une jeune femme ne peut pas rester seule.

DUMONT, à part.

Pourvu qu'elle ne rentre par trop tard.

Va-t-elle souvent chez cette dame Marbeuf?

DUMONT

Non... C'est un pis-aller... Et vous venez passer quelque temps à Paris.

Ma foi, oui : je deviens aôsez routinier, mais quand une fois je réussis à sortir de mon ornière^ je ne suis pas pressé d'y rentrer.

DUMONT

Et VOUS avez pris votre vol ?

Dame ! Tu comprends, mon ami : un veuf sans enfant, c'est un vieux garçon. Je n'ai pas de famille ni de devoirs qui me retiennent.

DUMONT

Non. C'est la liberté complète.

Sans doute. Q.uand on n'a pas d'affection^on n'a pas de servitude; quand on est indiffèrent à tout, on devient indépendant de tout, et comme on ne tient plus à la vie que par quelques vieilles habitudes et par quelques vieux amis que l'âge et le célibat ont rendus radoteurs et égoïstes^ on a repris en effet toute sa liberté, de même que celui qui n'aime personne est libre de son amour.

DUMONT

Que dites-vous là^ vous que j'ai toujours connu si gai?

[nitouche.

Hé ! que veux-tu ? La gaîté ne sied plus à mon âge. Je baisse, mon ami, je baisse sensiblement. Je fréquente et j'ai besoin de fréquenter des gens que je n'aime pas. Je m'ennuie. Combien je préférerais être chagriné par des gens que j'aimerais!... Je n'ai plus de centre ; je déraille ; et franchement j'avais besoin de quitter Ber-

gerac, ses maisons et ses habitants, pour venir me réchauffer un peu au foyer de votre jeunesse.

On sonne deux fois

Ah ! voici ma femme qui rentre.

FRANÇOIS, en dehors à droite.

Deux coups ! A vous, Justine.

NITOUCHE, à Dumont.

Ne lui dis rien. Voyons si elle me reconnaîtra.

Justine ouvre la porte du fond.

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