I.KS MAI. MAItIKKS
LA MARQL'ISK, soupirant
Eh, oui.
MADAMK UICHKBOUKG.
Vous qui avez un mari distingué, élégant, aimable, spirituel...
LA MARQUISE
Allez.
MADAME RICHEBOURG
Poli, dclicat...
LA MARQUISE
Allez toujours.
MADAME RICHEBOURG
Qui vous a donné ce titre magnifique, marquise de Puyceriain, quand Richebourg s'est substitué à mon nom patronymique.
LA MARQUISE
Toujours, toujours.
MADAME RICHEBOURG
Vous lui avez apporté une fortune considérable qui lui a permis de restaurer ses armoiries; mais il vous a donné sa vieille noblesse, ses grandes propriétés, ses hautes relations, son humeur enjouée, ses façons dégagées, son caractère chevaleresque, car vous ne nierez pas qu'il soit charmant, qu'il plaise à toutes les femmes.
LA MARQUISE
Modérons cet enthousiasme. Je veux, mon amie, imiter votre exemple. Prêtez-moi le chapeau de votre
mari. Il ressemble beaucoup au nôtre. Maintenant c'est vous qui êtes moi, et moi qui suis le marquis.
Elle fait quelques pas, le chapeau de M. Richebourg sur la tête. Elle sede'couvre en commençant les vers, et tient le chapeau à la main.
Je vais, madame la marquise,
Une fois m'expliquer tout net
Avec la politesse exquise
Que le monde me reconnaît.
Lorsque vous devîntes ma femme,
Je n'avais rien, je le proclame.
Et vous aviez un million...
Un seul. Par compensation
Je vous ai faite grande dame.
Voyez la situation :
Je vous aime, je vous adore ;
Mais je le dis ingénument :
Si votre million me dore,
11 me dore... insuffisamment.
J'avais des terres en détresse
Et des créanciers aux abois :
Mes champs n'ont pas assez de graisse
Et mes châteaux manquent de toits.
On n'a pas toujours été sage
Et lequel d'entre nous, mon Dieu,
Ne s'esi laissé prendre au passage
Par les femmes et par le jeur...
Puis votre prudente famille
(Qui dans la cotonnade brille)
A retiré la gestion
Du pauvre petit million
A son gendre et même à sa fille.
Le régime nommé dotal
Vous assigne à vous sans partage
r.Ks MAf. mahii^:ks 163
L'intégrité du capital,
Mais sans vous en laisser l'usage.
Oui, grâce à ce contrat fatal,
Votre petite dot est telle,
Telle que si nous la voyions
Dans la caisse que l'on appelle
Dépôts et consignations.
Personne, personne n'y touche.
Cela vous met l'eau dans la bouche.
C'est un Terme immobilisé,
Divinisé, crétinisé,
C'est le million du miracle:
Comme un vase, un vase sacré,
On peut le donner en spectacle
A l'indigent, à l'altéré.
Et puis, anomalie étrange.
Moi seul ai tout le revenu :
Cinquante mille francs, mon ange :
C'est bien chétif et bien menu
Pour moi qui n'ai jamais rien eu.
Moi, le plus généreux des hommes.
Qui voudrais te donner des sommes
A défrayer des fils de rois,
J'ensuis réduit, triste apanage,
A t'allouerpour ton ménage
Cinq cents francs, cinq cents francs par mois !
Six mille de cinquante mille,
Que reste-t-il au quotient ?
Quarante-quatre, c'est facile,
Quarante-quatre, le néant.
C'est au plus mon argent de poche,
Tout au plus encore, pourvu
Qu'il n'arrive pas d'anicroche,
De perte au jeu ni d'imprévu.
Toi, mon enfant, mange, gaspille
Tes cinq cents frants et ccetera :
Tu peux compter sur ta famille (Qui dans la cotonnade brille) :
Ta famille t'entretiendra.
A la rigueur tu pourrais même Tirer de là quelques gros sous En faveur d'un mari qui t'aime Et qui se ruine pour... nous.
Et moi, quelle affreuse sottise !
Quelle amère dérision î Avoir fait (il faut qu'on le dise) Une bonnetière marquise Pour un seul, un seul million !
Et pour]quel million encore ?
Un rêve, un souffle, un feu follet !
Chère marquise, je t'adore ; Mais... la"charité s'il vous plaît!
Elle jette le chapeau et se met aux genoux de madame Richebourg,
MADAME RICHEBOURG
Vous aussi ! Alors, toutes, toutes ^ Il n'est pas au monde une femme qui, à un moment donnée n'ait songé à se séparer de son mari ?
LE MARQUIS
Pas une ! et pourtant je Faime.
MADAME RICHEBOURG
Pas une, pas une I
LKS MAL MAIUKKS U'u)