ACTE CINQUIEME
Sixième Tableau.
A LA ROCHE-MAUPRAT
Tout est en ruines. On est sur l'emplacement de la grande salle qu'on a vue au premier tableau. Cette salle est censée située au second ou troisième étage du corps de logis principal. Il ne reste plus de cette salle que la cheminée à gauche et le bas des parois inégalement détruites, non par le temps, mais par l'incendie. La végétation a déjà envalu certaines parties; d'autres portent les traces du feu. On peut voir les restes de quelques assises de fenêtres ou montants de portes. Par le fait de cette démolition et de cet incendie, on se trouve en plein air, et l'œil embrasse le vaste tableau des ruines des second et troisième plans. Au plan le plus voisin du fond de cette salle, on voit, vers la gauche, le haut d'une tour isolée, et vers la droite, la plateforme d'une construction quelconque, à laquelle s'appuie l'extrémité d'une poutre qui part de la tour de gauche. Cette poutre est tout ce qui reste d'une construction intermédiaire disparue. Elle est noircie, brûlée et amincie au milieu. Des autres édifices ruinés qui sont plus loin, on ne voit également que le sommet et celui de quelques arbres, ce qui indique que la poutre domine une grande profondeur ; il doit être bien visible que, sans être trèséloignée du fond de la salle, elle en est complètement isolée. On communique de la salle où se passe la scène à la petite plate-forme de la construction de droite par un escalier tournant. La tour de gauche a, vers sa jonction avec la poutre, une brèche ruinée donnant sur le palier d'un ancien escalier dont les premières dalles, scellées dans la muraille, subsistent encore et s'interrompent tout à coup au milieu du vide. La poutre s'appuie sur ces marches, «ui viennent dans la direction de la scène. Le soleil se lève.
BERNARD. LE CHEVALIER, deux Soldats de
maréchaussée. LE LIEUTENANT CRIMINEL,
TOURNY
(Bernard est debout, appuyé contre les débris du fond de la salle, gardé par les deux soldats. Le Chevalier est assis sur d'autres débris au premier plan, immobile ; il parait assoupi. Le lieutenant criminel entre avec plusieurs agents ; Tourny le suit d'un air inquiet.)
BERNARD
La Roche-Mauprat ! encore une halte, la dernière, il faut l'espérer, dans ce lieu fatal !
TOUR NT, entrant.
Monsieur le lieutenant criminel, je vous jure...
LE LIEUTENANT CRIMINEL, à Bernard.
Bernard Mauprat. depuis huit jours vous avez dû réfléchir; voulez-vous donc rester indifférent et comme étranger à l'instruction de votre procès? On vous a amené ici dans votre intérêt. Persistez-vous à ne prendre aucune part aux recherches ?
BERNARD
Oui, monsieur.
TOURNY
Il n'y a personne de cache dans les ruines. Je le saurais bien, moi !
LE LIEUTENANT CRIMINEL
Votre devoir est de nous conduire. «
T O URN Y.
J'obéis, vous voyez: mais allez, c'est de la peine perdue.
fils disparaissent par l'escalier tournant.)
BERNARD, LE CHEVALIER, les deux Soldats.
BERNARD
Je ne veux pas me défendre ! . . . ils disent qu'Edmée vivra. . . moi, je mourrai tranquille. Elle demande qu'on me pardonne ! Ah ! si elle m'eût aimé, ce n'est pas la pitié pour mon sort qu'elle eût trouvé dans son cœur, c'est la foi en mon innocence. (Regardant le ci.evaiier) Mon pauvre oncle ! noble et bon vieillard ! Tu te flattes encore de me sauver ! Que d'énergie la chaleur de ton àme a su donner à ta vieillesse ! Et moi aussi, j'aurais eu des jours brillants et un soir majestueux après une longue vie, si j'avais pu être aimé !