SCÈNE III LES MÊMES, M A R C A S S E , apportant un manteau
mXrcasse.
Le matin très-froid... Votre manteau...
BERNARD
Excellent ami ! Tu songes à cela! (Regardant ie chevalier.) Tiens !
donne ! (il veut prendre le manteau pour en couvrir le chevalier : un de ses gardiens, qui se promène en se croisant dans le fond, fait un pas vers lui et, d'un signe, l'avertit d'aller reprendre sa place.) Allons ! il Ul'eSt défendu de llli
parler ! On craint peut-être que je ne l'assassine, lui aussi !...
(il retourne au fond et se tient immobile, avec une sorte d'apathie tranquille. Marcasse s'est approrhé du chevalier et veut lui mettre doucement le manteau.) LE CHEVALIER.
Merci, bon Marcasse, je ne sens pas le froid; je ne dormais pourtant pas, je ne puis songer qu'à ce malheureux.
M AR CASSE
Oui, bien malheureux, bien calomnié!
LE CHEVALIER
Tu persistes à le croire innocent, toi !
MARCASSE
Oui! ce qu'il avait vu ici... dans cette fatale chambre, il l'avait bien vu ! et moi aussi, ailleurs !
LE CHEVALIER
Oui, oui, mais Bernard refuse de confirmer tes doutes. Il ne se souvient de-rien, ou il rougit de donner un rêve pour une certitude.
MARCASSE
Bernard ne veut pas se défendre. Bernard veut mourir!... A quoi bon des preuves, quand la conscience dit : l'homme est juste? Si vous saviez là-bas! quelle estime, quelle bonne renommée, un grand coeur, monsieur !
LE CHEVALIER
Ah ! c'est que tu l'aimes, toi !
MARCASSE
Lâche et méchant, je ne l'aimerais pas.
LE CHEVALIER
Sans être lâche... une passion insensée...
MARCASSE
Il se serait tué sur le coup !
Enfin tu soutiens avec confiance que l'autre...
MARCASSE
Oui.
LE CHEVALIER, se levant.
Ah ! monsieur de La Marche !