‹ Théâtre de George SandChapitre 13 sur 142 · ALEXIS, VICTORINE · texte numérisé non relu

ALEXIS, VICTORINE

ALEXIS, sans être vu, à la porte du fond.

Elle pleure! Eh bien, qu'est-ce donc? aurait-elle du chagrin de se marier?... (Approchant.) Si je le croyais!... (uaut.) Victorine! tu pleures? [n lui prend ics mains.)

VICTORINE, suffoquée, se levant.

Ah ! mon Dieu ! ne le dites pas, ne le dites pas!... mon père est bien en colère quand je pleure !

ALEXIS

Tu pleures donc souvent?

VICTORIXE.

Non. quelquefois... (Essuyant scs veux., Cela se passe! ce n'est rien, allez!

ALEXIS

Mais quelle peine as-tu?

VICTORIXE.

Je n'en ai pas.

ALEXIS

Tu pleures sans sujet?

VICTORIXE.

Apparemment.

ALEXIS

Tu es donc un peu folle?

VICTORIXE , souriant.

Ça se peut bien.

ALEXIS

Fulgence...

VICTORIXE.

Eh bien, Fulgence?...

Fulgence est doux, honnête, bien élevé; il a une jolie figure, il est jeune, il te plaît, n'est-ce pas?

VICTORIXE.

Oh! oui. il me plaît bien.

ALEXIS

Enfin, ce n'est pas ton mariage qui te rend malheureuse?

VICTORIXE.

Oh non! il n'y a pas de quoi; mais c'est l'idée du mariage qui me donne toujours envie de pleurer. Ce serait avec un autre, ce serait la même chose.

Vrai?

Vrai!

ALEXIS, à part, soupirant un peu.

Allons!... (naut.) Allons, ma petite Victorine, ma petito sœur, il ne faut pas te gâter les yeux; et puis, si tu es triste comme cela, je n'oserai pas te faire mon compliment et mon cadeau, car je t'apportais le mien à mon tour. (Regardant les cartons et tirant »nc petite boite de ^â pi.cho.) Je vois que j'arrive le dernier, mais c'est la faute de l'ouvrier qui m'a fait attendre.

VICTORINE

Vous m'apportez un bijou? Ah! c'est quelque chose que je pourrai porter toujours, tant mieux!

J'en serai bien fier, si cela te plaît. Regarde!

VICTORINE, ouvrant la boîte.

Oh! votre montre! votre belle montre à répétition! celle qui a passé une nuit avec moi, la veille de votre duel! Ah! quel souvenir de chagrin... et de bonheur aussi... car après cette vilaine nuit où je n'ai pas fermé l'œil... puisque je savais, moi, que vous alliez vous battre... quelle joie, le lendemain. de vous voir revenir sain et sauf! Nous étions tous si heureux! Ah! je vous remercie d'avoir pensé à me donner cela!... mais que dira votre sœur? car, cette montre, c'est le cadeau de noces qu'elle vous a fait.

ALEXIS

Aussi, j'en ai fait faire une toute pareille, avant de te donner celle-ci. Tiens, vois! c'est afin que ma sœur ne sache pas...

VICTORINE

Ah ! mais, il ne faudrait pas tromper votre sœur, pourtant!

■Si THEATRE DE GEORGE SAND.

ALEXIS, voulant échanger les montres, avec un loger ton de reproche.

Si cela ne te fait rien...

YICTORIN'E . retenant la montre tristement.

Si!... cela me fait beaucoup! j'aimerais bien mieux l'ancienne... vous me l'aviez confiée la veille du duel! Vous me disiez : Tu, ne la rendras qu'à moi, qu'à moi, entends-tu? Vous vouliez me la laisser en souvenir, dans le cas où vous... Dieu merci, j'ai pu vous la rendre!... Mais comment donc faire? vous ne devez pas vous en séparer, votre sœur est plus que moi pour vous!

ALEXIS

N'es-tu pas ma sœur aussi? Sophie n'est pas jalouse de toi! Est-ce qu'elle n'approuverait pas l'échange, si je pouvais lui raconter...

VICTOR INE

Ah oui! le duel! c'est resté un secret entre votre père et vous, entre mon père et moi... et Fulgence... Ah! par conséquent, je peux dire à Fulgence que c'est votre montre de ce jour-là !

ALEXIS, un peu troublé.

A Fulgence?... mais... [aycc franchise.) Mais, oui! oui, certainement! pourquoi pas? Allons, prends, prends celle-ci, je t'en prie!

VI CT OR INE , s'attachant la montre.

Ah ! que je suis donc contente ! Voyez donc ! Il me semble que je vous vois, en me voyant moi-même avec cette montre-là!

'le joie.)

ALEXIS

Voilà donc que tu ris, à présent? Allons, je suis bien content aussi de t'avoir rendu la gaieté!

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