SOPHIE, VICTORINE
SOPHIE
Eh bien, tu n'insistes pas? Ah! j'admire ta soumission, je devrais plutôt dire ta faiblesse, ton indifférence !
VICTORINE
Ah ! mademoiselle!...
SOPHIE
D'abord je ne suis plus mademoiselle, et je ne veux jamais être madame pour toi. Je suis Sophie, Sophie (pie tu n'aimes i^uère, que tu n'aimes plus, depuis que tu aimes tant ce Fulgence !
Mon Dieu, je fais mon possible pour l'aimer, et vous savez bien que...
SOPII IE.
Que quoi? Réponds donc! Si tu ne l'aimes pas, il ne faut pas l'épouser. Ah! si je n'avais pas aimé mon mari, je n'aurais pus laissé prendre le change, moi; trop de soumission envers nos parents peut nous conduire à faire leur propre malheur. Crois-tu que ton père sera bien content s'il te voit désespérée, coupable peut-être?
VICTORINE
Coupable! moi, coupable?
SOPHIE
Oui, on peut le devenir quand on n'aime pas son mari... On peut malgré soi en aimer un autre.
YICTORINE.
Un autre... un autre! mais je n'en aimerai pas un autre... qu'est-ce que vous me dites là, Sophie?
SOPHIE
Je veux que tu ne te laisses pas sacrifier, et toi tu ne te défends pas !
YICTORINE.
Mais puisque mon père dit qu'il le faut!...
M. YANDERKE. MADAME YANDERKE, SOPHIE, ALEXIS. ANTOINE, YICTORINE.
M A D A M E V A X D E R K E , à son mari, entrant par le fond à gauche .
Comment, mon ami, vous hâtez le départ de notre fils? Il n'assistera pas au mariage de Yictorine? lui qui s'en faisait une fête!
M. YANDERKE.
Pardonnez-moi de vous causer ce chagrin, mais il est des affaires où l'honneur est engagé.
SOPHIE, stupéfaite.
Mon frère part? ( Yictorine est pétrifiée.) ALEXIS.
Oui, ma chère sœur... oui, ma bonne mère, je pars. Mon père le désire, et je ne dois rien regretter quand j'ai le bonheur de pouvoir lui être utile.
MADAME YANDERKE.
Allons! viens donc m'embrasser! Tu es un bon fils!
SOPHIE
Mais tu ne resteras pas longtemps absent?
M. YANDERKE.
Il restera peut-être deux mois.
VICTORIXE.
Deux mois!
ALEXIS, voyant Antoine qui entre du fond à gauche, portant une valise, le manteau et le libapeau d'Alexis.
Tout est prêt, mon père : vous n'avez plus rien a réordonner ?
M. VANDERKE
Vous vous arrêterez un jour à Beauvais chez M. Surraont, qui vous renseignera sur l'affaire dont je vous ai parlé, et, s'il le faut, vous m'enverrez un exprès, un homme sûr.
ALEXIS
AdieU, mon père! [lise jette dans ses bras et va ensuite aux autres.]
Ma bonne mère!... ma' chère Sophie!...
MADAME VANDERKE
Nous te suivons jusqu'à ta chaise de poste.
ALEXIS
Eh bien, Yictorine? tu ne me dis rien, toi? Est-ce que lu me boudes? ah ! si je te manque de parole, c'est bien malgré moi. Allons, donne-moi la main. Je te retrouverai mariée.
VICTORIXE.
Ah ! monsieur, je n'y serai plus, je ne vous reverrai plus.
moi !
ALEXIS
Que dis-tu ? rêves-tu ?
ANTOINE
Vous savez bien qu'elle est folle !
ALEXIS
Ah! tu es folle, décidément, Yictorine? réponds-moi donc, voyons! vas-tu me faire cette mine-là? Crois-tu qu'il ne me faut pas du courage, chaque fois que je quitte de si bons parents, et notre chère maison où l'on est si bien ?... et toi-même. qui es si gentille quand tu ne boudes pas? — Adieu encore, ma mère... (m. vandurke lui fait sighe.) Oui , oui, mon père, ji1
pars. Tu m'écriras. Sophie? Antoine, tu me feras part du mariage '>... Allons! a victorine. Allons, souris-moi donc! Tu vois bien que je me bats les flancs pour me donner la force de partir! sois un peu gaie pour moi... que je me console en me
disant que tU eS COntente. (prenant avec préoccupation son manteau qu'Antoine inquiet et impatient lui offre depuis quelques instants.; 1 1CI1S .
pense a ta robe de moire, à ton collier, à ta montre !... et le jeur de tes noces, tu penseras à ma tante la marquise, tu feras porter ta robe par le petit négrillon que j'ai ramené... Ris donc... ris donc un peu... là!... tout à fait?
VI CTO RIXE, avec un rire nerveux.
Oui, oui! je rirai bien fort... je me ferai bien belle... je penserai à vous... à votre tante... je me donnerai des airs... j'aurai un nègre!... mademoiselle Sophie vous écrira tout cela... et vous rirez là-bas... vous rirez, n'est-ce pas?
ALEXIS
La voilà qui rit! c'est bien. Merci, Victorine. Adieu, adieu tous!
M A DAME VA NDERKE NOUS te Suivons! (ils sortent tous, excepté Victorine et Sophie qui ic-
VICTORINE, puis SOPHIE.
(Victorine continue à rire ''.'un air égaré, puis elle sanglote, crie et tombe évanouie, sur le fauteuil , à £:iuche près du guéridon. Sophie revient aussitôt et court à ellej
SOPHIE
Qu'est-ce donc, mon Dieu ! Victorine, ah ! je ne m'étais donc pas trompée! Et lui qui part!... feue soutient victorine. j
FIN DL lil t \1 KM E ACTE.