II. VANDERKE
Prenez garde, ma fille; prenez garde à ce que vous pensez, à ce que vous dites.
SOPHIE
Ce serait donc un crime de la part de mon frère d'aimer
Victorine, et de la mienne une folie de croire que vous consentiriez...
M. VANDERKE
Ma chère Sophie, il n'est point de mariages disproportionnés devant Dieu. Un serviteur comme Antoine est un ami, et je vous ai élevée dans l'idée que Victorine était votre compagne et votre égale.
SOPHIE
Eh bien, mon père?...
H. VANDERKE
Eh bien, ma fille, le monde, qui a des croyances saines et respectables, communes à toutes les classes de la société, a aussi des préjuges vains et cruels qu'il est beau de combattre; mais, pour combattre, il faut être fort. Votre frère le sera un jour, j'y compte; mais il est encore bien jeune et se connaît à peine lui-même. Je sais qu'une grande passion, un noble amour, inspirent de puissants dévouements; mais cette grande passion, votre frère ne l'éprouve pas.
SOPHIE
Et cependant il s'est Fait en lui un véritable changement depuis le jour où il a été question de marier Victorine. Jusque-là il ne l'aimait que d'amitié. Du jour où elle a été promise à Fulgence. mon frère a souvent parlé de quitter la marine, de se marier; il a eu l'envie de s'en aller, l'envie de rester, le besoin de voir Paris pour se distraire .. le besoin de vous ouvrir son cœur... J'ai vu tout cela, moi!
H. VANDERKE
M, lis, au lieu de m'ouvrir son cœur, il est parti. Admettons qu'il ait eu quelque fugitive pensée d'amour pour Victorine, il l'a étouffée, et, ne se sentant pas épris d'elle assez sérieusement , il a obéi à la voix de l'honneur qui lui commandait de s'éloigner, [a se iè»o.)
C'est vrai. Ah! ma pauvre Victorine!