‹ Théâtre de George SandChapitre 32 sur 142 · M. VANDERKE, ANTOINE · texte numérisé non relu

M. VANDERKE, ANTOINE

M. VANDERKE, préoccupé, tenant la lettre sans la regarder.

Eh bien, Antoine, tous tes préparatifs de noce sont terminés ?

ANTOINE

Oui, monsieur. A neuf heures précises, demain matin, nous irons à l'église. Ah! je voudrais déjà en être revenu!

M. VANDERKE

Tu es bien pressé!

ANTOINE

C'est que Fulgence est plus agité que vous ne pensez; il est, ce soir, d'une humeur massacrante.

M. VANDERKE

Mais puisque Victorine va partir avec lui, que veut-il de plus? Il est aussi trop exigeant, ce Fulgence!

ANTOINE

Exigeant ou non. il n'y a plus à reculer.

M. VANDERKE

Cependant si ce mariage était pour Victorine le pire des malheurs ?

ANTOINE

Non, monsieur, j'ai confiance en elle, en moi, en Dieu surtout; et puis, j'ai pour moi l'expérience. Quand j'ai épousé sa mère, elle ne m'aimait pas beaucoup, mes manières brusques lui faisaient peur; mais je l'aimais tant, moi, que j'ai su la rendre bien heureuse, el elle est morte en me bénissant, vous le savez.

M. VANDERKE

Oui, elle a été le modèle des femmes et des mères. Mais tu n'étais pas jaloux, toi ?

ANTOINE

Si fait, monsieur.

H. VANDERKE

Mais tu ne le faisais pas voir0

Si fait bien, quelquefois! Allons, allons, je vous dis que Victorine aimera son mari, comme sa mère m'a aimé, avec mes qualités et mes défauts... Mais lisez donc votre lettre , monsieur! elle est pressée, à ce qu'il paraît?

H. VANDERKE, regardant la lettre.

Oui, c'est sur l'adresse... ce n'est pas une raison.

ANTOINE

Ce sera bientôt lu. Les affaires avant tout!

M. VANDERKE, s'approchant des bougies, et après avoir lu la lettre.

L écriture de mon fils'?... oui! Elle est contrefaite sur l'adresse, (u retourne u lettre. ] .Mais c'est encore son écriture... Antoine! une nouvelle as .v. gravo. Vois!

LE MARIAGE DE VIC'TOKIXE. ffj

ANTOINE, lisant, près de la console de dr-ito.

« Harris et Morrisson ont failli ; j'espère vous l'annoncer à « temps pour que vous vous mettiez en mesure. » Eh bien ! vous n'êtes pas plus ému que cela, monsieur?

M. VANDERKE

Je m'y attendais.

ANTOINE

Mais c'est six cent... bah ! sept, huit cent mille livres qu'il vous faudra trouver dans vingt-quatre heures, peut-être!...

M. VANDERKE, avec Calme.

On les trouvera : tout est prévu.

Ah! monsieur. Et vous n'en disiez rien!

M. VANDERKE

A quoi bon? tu étais bien assez tourmenté de tes affaires domestiques.

ANTOINE

Mes affaires ne sont rien quand il s'agit des vôtres.

M. VANDERKE

Mais qui donc a apporté cette lettre?

ANTOINE

Je n'ai vu personne. J'ai trouvé cela sur mon bureau, il n'y a pas dix minutes.

M. VANDERKE

Il y a sûrement un courrier arrivé ici?

ANTOINE

Je vais le chercher et vous l'amener.

M. VANDERKE

Dans mon cabinet, entends-tu ? Il ne faut pas que ma famille se doule de rien.

ANTOINE

Soyez tranquille, (m. Vandei-ke so.t par le fond, à gaucho.)

ANTOINE, pris FULGENCE. qui entre comme à la dérobée, et fort agité, par la porte «lu jardin.

ANTOINE, allant reprendre son bougeoir, qu'il rallume

lux flambeaux de la console , à gauche.

Où scra-t-il passé, ce diable d'homme? Je parie qu'il s'est jeté dans l'écurie sur un tas de foin. Il aura fait une course enragée... Ah! Fulgence, l'as-tu vu?

FULGENCE

Et vous?

ANTOINE, son bougeoir à la main, et tourné vers la sertie.

Non. Où est-il.

FULGENCE

Je le cherche.

ANTOINE

C'est à l'écurie ou à la cuisine qu'il doit être.

FULGENCE

Monsieur Alexis Yanderke à l'écurie? à la cuisine?

ANTOINE

Et qui te parle de monsieur Alexis Yanderke? Est-ce que ce serait lui-même?...

FULGENCE.'

Je n'en sais rien, moi ; je vous le demande.

ANTOINE

Voila qui est fort! Jouons-nous aux propos interrompus? Allons, allons, je n'ai pas de temps à perdre à des folies! Tiens avec moi chercher le courrier, (n remonte vers ia poite .iu

jardin.)

FULGENCE. ironiquement.

Ah ! c'est un courrier?

ANTOINE, impatienté.

Oui, un courrier qui apporte une dépèche, à qui monsieur veut parler, et que je n'ai pas encore vu. Est-ce clair?

FULGENCE

Monsieur Antoine! vous le prenez avec moi sur un ton!...

ANTOINE

Eh! parbleu, c'est vous-même qui le prenez sur un ton!...

F U L G K NCE.

Je ne suis pas encore votre gendre, monsieur, et j'ai le droit de m' inquiéter!... Je joue gros jeu, ici ! je joue mon honneur!

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