‹ Théâtre de George SandChapitre 33 sur 142 · AN TOI X E · texte numérisé non relu

AN TOI X E

Ali! qu'il faut de patience! Es-tu fou. Fulgence? qu'est-ce que ton honneur a affaire avec l'arrivée d'un homme qui apporte ici une lettre? Allons, je vais moi-même...

FULGENCE

Vous voyez bien que vous vous méfiez aussi de quelque chose !

ANTOINE

Va au diable, je n'y tiens plus!

FULGENCE

Fort bien, monsieur! Et moi je vous dis que vos impatiences ne m'imposent pas. Je vous dis qu'un homme qui se cache, un homme enveloppé d'un manteau, un homme que les chiens connaissent, car ils n'aboient pas, un homme qui se glisse comme une ombre dans la maison...

ANTOINE , haussant les épaules. 11 est près de la sortie sur l'antichambre.

Un voleur peut-être?... Allons-y bien vite!

FULGENCE, avec ironie.

Vous raillez? Prenez garde, monsieur Antoine, vous découvririez peut-être ce que vous ne voudriez pas savoir !

ANTOINE , a part.

Le fou me fait peur ! Serait-il possible ? Non ! Haut. Revenant.] Écoute, Fulgence! veux-tu me dire une bonne fois, une première, une dernière fois, ce que tu soupçonnes et ce qui te rend si hargneux et si bourru à la veille de ton mariage?

FULGENCE

Eh bien, oui, je vais vous le dire, quoique vous le sachiez bien et que votre question ne soit pas franche. Je vais vous le dire, parce que je ne suis pas habitué à souffrir ainsi, moi! J'étais tranquille, j'étais laborieux, j'étais froid! Je ne savais pas ce que c'était que d'aimer. Tenez! je crois que je n'étais pas né pour aimer! Pour aimer il faut de la confiance, je n'en ai pas. Pourquoi me donnez-vous votre fille? Pourquoi votre fille reçoit-elle une dot pour épouser un homme qui n'a rien? Pourquoi êtes-vous si pressé de conclure le mariage? Pourquoi monsieur Alexis Vanderke quitte— t— il la maison, au moment où jg le soupçonne? Et, s'il y rentre ce soir, en seeret, qu'y vient-il faire ?

ANTOINE, qui l'a oc.:uté avec une Bgure soucieuse el troublée, va remettro son bougeoir sur la table, il cdlère en éteignant sa bougie par la

violence avec laquelle il pose son bougeoir.

Ah ! que tu es heureux que j'aie été jaloux, absurde, aussi, moi. dans mon temps! Sans cela voilà des soupçons que je ne prendrais pas avec tant de patience ! . . . Mais c'est une maladie !

• peu à pou malgré l'effort qu'il fait au commencement .le l'esp'icatio-i pour rester calme.) FulgeilCe! je VOUS donne

ma fille parce que je veux la marier avec un honnête homme. Je suis pressé d'en finir parce que je sais que vous estimerez Victorine comme elle le mérite quand vous la connaîtrez mieux. Monsieur Vanderke lui donne une dot parce qu'il m'aime. Cette dot vous chagrine? Tant mieux! Nous la remettrons sans rien dire dans ses coffres! (a part.) Ce qui ne sera peut-être pas de trop dans ce moment-ci! ua.t Mon-

sieur Vanderke fils est parti parce que... oui, je vous dirai toute la vérité! parce que son père a vu votre jalousie et l'a éloigné par bonté pour vous... pour moi! S'il revient ici ce soir (ce que je ne crois point;, c'est qu'il aurait voulu apporter lui-même à son père une nouvelle intéressante que vous saurez... bientôt! Et s'il se cachait de moi... Mais vous avez rêvé cela, et comme c'est impossible, je n'ai pas à en chercher la CaUSe! (il va rallumer « bougie aux flambeaux .le la ta!, le eu haussant les épaules.)

FULGENCE, avec beaucoup d'amertume.

L'explication me ferme la bouche! Elle me commande d'ignorer, par savoir-vivre, ce qui se passe ici. Elle vous autorise à aller tout seul à la découverte... Allez y donc: moi j'irai de mon côté, je vous en avertis très-humblement.

ANTOINE

Soit! mais je peux bien dire que tu as une tète de fer! (u

sort par le jardin.)

FULGENCE, Beui.

Oui, oui! s'il n'est pas dupe, il est habile, monsieur Antoine! Nous verrons bien!... Ah! Victqrine! Il y a des moments où je la hais encore plus que je ne l'aime, et où je voudrais déjà être son maître, pour avoir le droit de la faire souffrir! Affreuse passion, affreux supplice que la jalousie! Je sens que je deviens méchant, et que je vais faire d'elle et de moi deux victimes! Je ferais mieux de rompre!... Mais on dira que je l'outrage... que je la déshonore... Il faut que j'aille explorer le jardin... c'est là que ce fantôme a dû se réfugier... [U va pour sortir par le jardin et = irrcte en voyant Sophie sortit' c »a chambre a gauche.)

THEATRE DE (iEURGE S A N D.

SOPHIE, FULGEXCE.

SOPHIE, étonnée.

Que faites-vous donc ici. monsieur Fulgence?

FULGENCE

Rien, madame, j'étais venu pour chercher monsieur Antoine, je me retire, (il fait un mouvement pour sortir par le jardin .)

SOPHIE, lui montrant la porte de l'antichambre.

Par là, je vous prie. 'Fui-ence sort.]

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