B GEORGE SAN D
Ah ciel! on vient! on frappe! N'ouvrez pas! cachez-vous!
(Elle entre précipitamment à gauche, dans sa chambre.) ? C F. NE XIII
ALEXIS. p„iS FDLGENCE.
ALEXIS, allant onvrir la porte au f.n.l.
Non ! je n'oublierai rien, et je ne me cacherai pas. 'n ouvra u porte. Monsieur Fulgence !
FULGENCE
Monsieur Vanderke ! J'en étais sûr ! [n v., à ia sonneite e*. ia
tire arec violence. On doit entendre le liruit de la soiinotte, au !nin.|
Que faites-vous ?
Vous le voyez, monsieur. Je sais que cette sonnette répond au cabinet de monsieur Antoine, et je l'appelle pour qu'il vienne ici. pour qu'il sache bien pourquoi je ne veux pas être son gendre.
ALEXIS
Du scandale, monsieur ? vous voulez faire du scandale '? Vous êtes jaloux, je le sais, mais sachez vous-même..,
FULGENCE
Je sais ce que je voulais savoir... et je vous prie de croire que, de ce moment, je ne suis plus jaloux.
A LE XI S
Vous voulez perdre Victorine. outrager ma famille par vos soupçons '? Je ne le souffrirai pas. De quel droit êtes-vous ici, vous-même ?
FULGENCE
Du droit d'un fiancé fort ridicule peut-être, mais qui ne
veut pas être un époux méprisable. Je vous sentais ici, je vous épiais, monsieur, j'ai voulu m'assurer... J'ai fait mon devoir envers moi-môme ; si vous le trouvez mauvais, c'est que vous n'avez guère la conscience du vôtre.
ALEXIS
Monsieur, je vous apprendrai à... Vous me rendrez... Non, j'aurais trop d'avantage sur vous, et les apparences sont contre moi, j'accepte toutes les conséquences d'une faute involontaire. Songez aussi à faire votre devoir, monsieur, et à ne pas être plus coupable à mes yeux que je ne veux l'être aux vôtres. Venez avec moi trouver mon père.
FULGENCE
Non, monsieur, je connais mon devoir aussi bien que vous, mais je connais aussi mon droit. Je vous somme de rester ici, jusqu'à ce qu'on y vienne constater votre présence. (Avec emportement.) Prétendez-vous me faire passer pour un calomniateur?
(Il sonne encore.)
ALEXIS
Non certes, monsieur, mon parti est pris. Tenez! vous ne sonnez pas assez fort; la main vous tremble. Je vais vous aider.
(il prend le, cordon de la sonnette et sonne résolument.)
FULGENCE, ALEXIS, M. et M™ VANDERKE, ANTOINE.
ANTOINF entre le premier en eourant.
Me voilà, Victorine, tu es... (n s'arrête pétrifié.) Fulgcnce ' monsieur Alexis!...
H. VANDERKE
Mon fils !
MADAME VANDERKE, courant à son Ch.
Alexis !
ANTOINE
Que se passe-t-il donc!
FULGENCE
Monsieur Antoine, ce que j'ai à dire , un père seul peut l'entendre.
ANTOINE
Un père? Il s'agit de Yietorine! Eh bien, vous n'avez rien à me dire de Yietorine que tout le monde ne puisse pas entendre. Parlez, parlez, pas de réticences, je n'en veux pas. Je n'ai pas de secrets, moi, pour monsieur et madame Yanderke.
H. YANDERKE.
Alexis, pourquoi ètes-vous ici quand vous devriez être à Paris ?
FULGENCE
Le silence de monsieur est plus éloquent que tout ce que je pourrais dire. Allons, allons ! l'affaire s'arrangera en famille!... Yous êtes bien bon. monsieur Yanderke, d'avoir doté mademoiselle Yietorine ; mais l'homme qui acceptera de tels bienfaits . cherchez-le ailleurs... ce ne sera pas moi !
M. YANDERKE.
Fulgence, la passion vous aveugle, vous devenez outrageant
envers moi !... Écoutez, mon fils m'apportait une nouvelle
Je compte sur votre honneur, voulez-vous que je vous la dise?
FULGENCE
Non, monsieur, non! ne comptez pas sur moi, ne comptez sur rien, ne comptez sur personne ; il n'y a que mensonge et trahison en ce monde !
MADAME YANDERKE.
Monsieur Fulgence, vous accusez donc mon fils... mais il était ici chez sa sœur, et savait-il, sait-il seulement que Yietorine était auprès d'elle? Dites, Alexis, le saviez-vous?
ALEXIS
Ma mère, je pourrais dire que c'est monsieur qui me l'a
appris, mais je ne sais pas mentir; j'ai vu Yictorine, je lui ai parlé.
M. VANDERKE
Sans doute, Sophie était présente?
ANTOINE
Répondez donc, monsieur Alexis!
ALEXIS
Antoine, je ne veux pas répondre, je rougirais d'avoir à me justifier.
ANTOINE
Vous ne voulez pas répondre ? vous ne voulez pas. . . monsieur Alexis Vanderke ? Je vous estimais, je vous aimais... je vous ai élevé sur mes genoux, je vous ai porté dans mes bras,., j'aurais donné ma vie pour vous... Et quand on accuse ma fille d'avoir été séduite par vous .. Oh! je sais bien, moi, que ce n'est pas vrai... mais vous devez répondre, vous devez la justifier auprès de son fiancé... Ces airs de mépris ne conviennent pas... ils nous tuent... Tous ne dites rien?... Eh bien, je vais chercher Yictorine...
MADAME VAXDEUKE.
Non, non, pas de scènes devant elle, elle est malade.
ANTOINE
Malade ou non, morte ou vive, elle dira la vérité, elle! Et qu'elle meure plutôt que d'être déshonorée ! (n va ver* u chami.re
de Sophie. Sophie en sort et l'arrête.)
SCÈXE XV
SOPHIE, M. et M"" VANDERKE, ALEXIS, FULGENCE, ANTOINE.
MADAME VANDERKU, à Folgenco.
Vous voyez bien, j'en étais sûre !
02 THKA i i.i. DE GKURGE S .:. 3.
Kl . i. :. \ . E.
Oh ! je ne doute pas que madame ne fût de bonne foi ! Jo n'incrimine pas cette entrevue. Madame protégeait une scène d'adieux fort touchante, sans doute, mais je ne crois pas aux adieux éternels, moi ! D'ailleurs ma femme ne me fût-elle infidèle que par le cœur, c'est plus que je ne pourrais supporter... Ici A'cxis écoute Fnlpence avec attention et intérêt, sans songer à
raffronter (Uvant ge. Personne ici ne trouvera donc mauvais que je renonce à faire le malheur d'une femme et le mien. Monsieur Antoine, n'y ayez pas de regret, je sens que je l'aurais
tuée ! AdieU ! (il va pour sortir.)
H. VANDERKE
Oui, Fulgence, il faut nous séparer, (s-approchant .ie im. Mais vous accepterez l'emploi que je vous destinais à Marseille, j'ai besoin d'un homme d'honneur comme vous pour surveiller
mes intérêts...
FULGENCE
Non, monsieur, je ne veux rien, ni services, ni protection, ni pitié surtout ! je saurai me soutenir moi-même dans le célibat comme dans le mariage, c'est là ma seule ambition.
AdieU, monsieur, fil sort par l'antichambre.) SCÈNE XVI
M. et MADAME VANDERKE, ANTOINE, SOPHIE, ALEXIS.
M. VANDERKE, regardant =ortir Fulijenre.
Eier. probe et méfiant! Il a raison! Il n'a besoin de personne! 'Revenant k son aïs.) Mais vous, monsieur, vous avez mal agi. Vous ne deviez pas voir Victorine ni même votre sieur. Voici le premier chagrin que. vous me causez par votre faute, mais il est profond.
I,F. MARI \r,r. DE VICTOR1 NE.
ANTOINE
Après ce qui vient de se passer, je ne peux plus rester ici, je serais déshonoré. Ma fille mourra dans un couvent, moi, où je pourrai!... loin de vous, monsieur Vanderke, en vous bénissant... et en tâchant de pardonner à ce jeune homme... qui a le bonheur d'être votre fils... sans cela!... (m. et madame v.,,..
Ucrke l'ont le peste de prendre chacun un liras d'Antoine, comme pour le ri t, iiir. Madame Vanderke a les jeux attachés sur son lils, d'un air d'attendrissement et do
ALEXIS, prenant uvuc fjice le bras d'Antoine.
Antoine, je ne veux pas que tu me pardonnes... Je veux bien davantage ; je veux que tu m'acceptes pour ton fils et que tu m'accordes ta lille.
ANTOINE
(Avec joie.) VOUS ! VOUS?... Aveo étonnement. ] Est-ce possible?...
(avoc incrédulité.) Êtes-vous fou?... (Avec lierté.) Je ne veux pas de cela ! Est-ce là un mariage pour vous? (atcc autorité.) Je n'v consens pas, moi !
Les Précédents, VICTORINE,
pâle et se soutenant a peine.
VICTORINE
Ni moi non plus, mon père. Je n'aime pas, je n'ai jamais aimé monsieur Alexis Vanderke.
ALEXIS
Tu mens, Victorine !
ANTOINE, recevant dans ses bras Victorine défaillante.
Elle ne ment pas!
ALEXIS
Tu mens toi-même! Ah! mon cher Antoine ! jetais là., (u momie îa porte de droite.) Je t'ai entendu lui dire que je la de-
daignerais, que je me moquerais d'elle, si je devinais son amour... Ton père a menti. Yictorine, et moi je te jure, je
jlire à Antoine (pliant le gtuou ilerant M. et madame Van.lerke) , je
jure à mon père, à ma mère, que j'aime Yictorine tendrement, sérieusement et pour toute ma vie!
M. VANDERKE, à son fils.
C'esl bien, mon fils; vous avez compris que pour obéira l'honneur, vous n'aviez pas besoin de ma permission.
ALEXIS
0 mon père, ô mon meilleur ami !...
SOPHIE
Oh merci, mon père! merci, Alexis!
ANTOINE, à M. Vanderks.
Mais, monsieur, ce mariage... Votre fils!... C'est impossible...
M. VANDERKE
Antoine, c'est ma volonté, c'est le devoir de mon fils, c'est mon devoir et le tien.
ANTOINE
Comment cela ?
MADAME VANDERKE
Parce qu'ils s'aiment!
M . VA N D E RKE.
Et parce qu'il fallait le prévoir, si nous voulions l'empêcher.