SCÈNE II ROLAND, assis sur les degrés de l'estrade, puis OLIVIER
JACQUES et AD A. M.
OLIVIER, venant par la gauche, derrière la barrière.
Eh bien! monsieur, que faites-vous ici?
Ce que vous m'avez enseigné : rien !
OLIVIER
Ne rien faire, c'est faire le mal.
ROLAND
Oh! vous avez raison! Qui ne fait rien détruit quelque chose, et l'oisiveté à laquelle vous me condamnez vous aide à effacer en moi l'ouvrage de Dieu !
OLIVIER
Monsieur, savez-vous où vous êtes?
ROLAND
Oh certainement! Je suis sur la pelouse du palais ducal, et non plus dans vos écuries, où vous m'avez fait traiter beaucoup moins bien que vos chevaux; car, non-seulement ils sont mieux nourris que moi , mais encore ils ont des écuyers bien payés qui les dressent aux allures du manège; tandis que moi, je n'ai acquis sous votre tutelle que de la croissance, avantage que vos troupeaux partagent avec moi. Vous m'avez fait mane-er avec les derniers de vos valets,
espérant étouffer la noblesse de mes instincts... (n se lève sur piaco.) Mais sachez que je porte en moi la fierté de mon père, et que je la sens aujourd'hui se révolter contre la servitude!
OLIVIER
Fort bien! Savez-vous, monsieur, à qui vous parlez?
R 0 L A N D , s'approchant d'Olivier.
Beaucoup mieux, monsieur, que vous ne savez qui je suis. La coutume des nations vous accorde, par courtoisie, la supériorité sur moi, parce que vous êtes le premier-né; mais, y eût-il vingt frères entre nous, nous n'en sommes pas moins le même sang, et, en cherchant à me ravaler, vous vous dégradez vous-même !
OLIVIER, levaiu la main pour le frapper.
Comment donc, jeune drôle'?... (Jacques parait au fond à 5aoche et regarde, appuyé sur la palissade.)
ROLAND , lui prenaut les deux bras.
Allons, allons, mon frère aine! vous êtes trop jeune pour
Cela! (il arrache un fouet que tenait Olivier, et le jette.) OI.IVI ER.
Tu portes la main sur moi, vilain! Lâche-moi!
ROLAND, le poussani a gauche.
Je ne suis point un vilain, et. pour parler ainsi du fils d'un noble père, tu mériterais...
ADAM, accourant par le premier plan de droite.
.Messieurs... messieurs... par respect pour sa mémoire!...
ROLAND
Je le lâcherai quand je voudrai : il faut qu'il m'entende; car c'est au nom de sire Roland des Bois, notre père, que je lui veux reprocher sa félonie, (a olivier, le secouant.) Qu'as-tu fait de li somme qu'il t'avait confiée pour me donner une bonne éducation? Tu m'as élevé comme un rustre, tant pis pour
toi ! Tu as voulu m'avilir, tu m'as refusé les nobles exercices du corps et de l'esprit qui conviennent à un gentilhomme... Rends-moi ma chétive part d'héritage que retiennent tes mains sordides, et j'oublierai tes outrages; j'irai chercher fortune ailleurs!
OLIVIER
Eh! qu'en feriez-vous, de votre argent? Vous le dépenseriez en un jour, et vous iriez ensuite... mendier sur les chemins... Laissez-moi, je vous prie... vous aurez ce que vous demandez!... Làchez-moi!
ROLAND, le lâchant.
Allez! je ne vous veux point de mal. Faites-moi libre, je ne demande rien de plus! (n va à dioite.)
OLIVIER, au milieu.
C'est bien. On y songera. Retournez à la maison, (a AUm,
qui lui remet le fouet qu'il a ramassé. ) Et toi, SUJS-le, vieUX Chien. ADAM
Vieux chien! Il est vrai que j'ai perdu mes dents à votre service! Votre père, — Dieu ait son âme! — ne m'eût pas dit un pareil mot!
OLIVIER, haussant les épaules.
Silence! et que je ne vous retrouve pas ici. (u sort P»r i« fond,
à droite, derrière l'estrade.]
ADAM, à Roland.
Eh bien! à présent, vous pleurez?