SCENE VIII
Les dames d'honneur et les pages paraissent sur l'estrade
tandis que Frédéric et sa suite entrent par le fond à droite, avec Célia
et Rosalinde.
Les Mêmes, FRÉDÉRIC. CÉLIA, ROSALINDE, TOUCHA RD. ROLAND.
(Le duc Frédéric entre au sou des fanfaies, avec Célia et Rosalinde; Touchard les suit. Des bourgeois et des gens du peuple se tiennent en dehors de la palissade. Groupe de lutteurs se tenant autour de Charles.)
FRF. DÉBIC. à Célia et à Rosalinde.
Pourquoi me suivez-vous ici, puisque vous redoutez 'les combats sérieux9 Vos faibles cœurs n'en pourront supporter la vue et vos cris gêneront les combattants, a monte sur re»-
trade.)
J ACQUES, qui est près de la barrière, bas à Célia et à Rosalinde.
Quoi! n'estr-ce pas un passe-temps bien choisi pour des femmes que de voir des gens acharnés à déranger l'harmonie
de leurs côtes?
R 0 S A 1. 1 N I) E . bas, lui remettant une lettre.
Je ne viens que pour vous remettre ceci... pour mon père. Que Dieu vous accompagne! (a célia.] Allons plus loin; nous reviendrons voir couronner le vainqueur.
JACQUES , bas à Célia, montrant Roland qui cause avec fru vdam au fon i.
Attendez! Regardez ce jeune homme qui se débarrasse cle son manteau !
CÉLIA, de même.
Prétendrait-il défier Je terrible Charles?
JACQUES, de mémo.
Précisément; vous ferez que cela soit refusé, à moins que vous ne preniez plaisir à voir tuer un enfant.
CELIA, à Toucliard qui est près d'elle.
Amène -le -moi, vite! (naut à Frédéric.) Mon père, vous ne souffrirez pas une lutte trop inégale?
FRÉDÉRIC, des marches de l'estrade.
Je ne souffrirai pas que mon lutteur refuse un défi, de quelque part qu'il vienne!
CELIA, montrant Roland qui descend en seène.
Mais ce pauvre jeune homme...
FRÉDÉRIC
Qui?... ça?... Je ne sais quoi dans cette figure me déplaît ! Laissez Charles donner une leçon à ce moucheron qui s'attaque au lion redoutable ! 'il remonte sur l'estrade.] CELI A , à Roland, qui est sur le devant a
Jeune homme, pourquoi défiez-vous Charles?
ROLAND
C'est lui, madame, qui a porté un défi général. Je viens, comme les autres, essayer contre lui les forces de ma jeunesse.
Votre audace est trop grande. Nous vous prions de prendre meilleur soin de vous-même et de renoncer à cette entreprise;
(Elle gagne un peu à droite.)
ROSALINDE, émue.
Faites-le, monsieur, votre honneur n'en souffrira pas. Sfa cousine obtiendra de son père que la lutte n'ait pas lieu aujourd'hui.
ROLAND, embarrassé et s'animant peu à peu.
Ah ! il m'en coûte de refuser quelque chose à des dames si... si belles... et si douces! Mais ne m'en punissez pas! Oui' vos regards cl vos vœux me protègent. Si je suis vaincu, la honte en sera pour moi seul, (pie rien ne distingue de la foule, et qui, privé de tout autre mérite, n'ai que du cou-
rage à montrer. Si je suis tué, il n'y aura pas grand mal ! nul ami ne me pleurera ; je n'aurai rien à regretter en ce monde, où je n'ai rien, où je ne fais rien, où je ne suis rien... J'y laisserai vide une place qui sera mieux occupée par tout
autre que par moi.
ROSALINDE, émue.
Hélas ! je voudrais pouvoir ajouter le peu de force que j'ai
à la vôtre.
Et je vous donnerais la mienne aussi de bon cœur !
ADAM, à Roland, que Jacques essaye de dissuader.
Ne luttez pas, votre perte est résolue !
OLIVIER, bas à Charles, eD entrant parle devant à gauche. *
Ne ie laisse pas surprendre. Il a plus de vigueur qu'on ne
Croirait ! (il fait à part le geste de toucher son cou, que Roland a endolori.) A D A M , à Olivier.
Eh quoi ! monsieur, vous n'empêchez pas votre frère de s'exposer ainsi !
OLIVIER
Il fallait l'empêcher, toi !
ADAM
Hélas ! il a le courage de son père ! Que n'en a-t-il la force et l'expérience ! (a olivier.) Monsieur... de grâce!...
OLIVIER, lui tournant le dos.
Je ne saurais rester ici, je suis trop ému! (Bas à Charles.)
Méfle-toi, te diS-je ! (il se perd dans la foule.)
CHARLES, après avoir salué le duc en s'approchant de l'estrade.
Voyons! où est le premier inscrit? Où est ce jeune brave si pressé de sommeiller... dans le sein de sa mère? (u montre ia
terre d'un air farouche.)
* Charles, Olivier, Adam, Jacques, Roland ; au fond , Rosalinde. Célia.
ROLAND , s'avançant à la droite do Charles.
Le voilà prêt !
ROSALIXDE, à Charles, virement.
Vous cesserez après la première chute ?
C H ARLES
Votre seigneuerie peut compter là-dessus. 11 n'en demandera pas une seconde.
ROLAND, à Charles.
Pourquoi vous moquer d'avance '? Il sera temps après la victoire.
CHARLES
Allons'... (ils passont derrière la palissade au second plan. Le groupe des assistants les cache. Le duo se lève pour regarder la lutte du haut de l'estr le. Jacques rt Adam sont au fond, à gauche, près de la barrière; Célia et Rosalindc, à droite, au pied de l'estrade.)
Oh ! vaillant, excellent jeune homme ! (a Jacques.) J'espère qu'il vaincra !
JACQUES
Moi, je ne l'espère pas pour lui !
Hélas! ni moi non plus! (a Adam.) Eh bien?
ADAM
Je ne peux rien voir, je me sens mourir !
ROSALINDE, s'appuyant sur l'estrade.
Et moi aussi !...
CÉLIA.
Eh bien, cousine ?... voyons, ne restons pas !
JACQUES
Attendez !... Un des deux est renversé !...
FRÉDÉRIC
Assez ! (Le groupe s'ouvre. Ou voit'lloland debout. Charles est par terre fan, mouvement.)
Ah!...
Charles vaincu ?
ROLAND, modestement.
Je supplie Votre Altesse de permettre que je continue, je ne suis pas encore en haleine.
FRÉDÉRIC
Comment, te trouves-tu. Charles?
t o d c h a'r d Il ne peut point parler, monseigneur.