‹ Théâtre de George SandChapitre 46 sur 142 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

CHARLES, OLIVIER, JACQUES, assis sarlcs degrés de l'estrade

(ils ne !e voient pas) , puis A DAM.

OLIVIER, venant de gauche et donnant le liras à Charles.

Et tu dis, Charles, mon brave lutteur, que ce jeune imprudent a osé...

c II A r le s.

Oui, messire Olivier, votre jeune frère m'a porté le défi dans toutes les règles, et mon devoir est de vous le dire. J'eusse accepté l'épreuve pour en rire un autre jour que celui-ci. Mais ce jour est consacré à ma gloire, non à mon plaisir. Devant la cour, je dois soutenir ma réputation. Vous comprenez qu'il m'est impossible dé faire quartier et de laisser sortir de mes mains un seul champion sans lui avoir au moins brisé un membre. Je vous prie donc de détourner le

jeune homme de son dessein. Il est d'une complexion trop tendre pour moi, et je serais fâché de vous l'abîmer. Mais j'ai mon honneur à garder, et le dévouement que j'ai pour vous m'oblige à vous avertir.

OLIVIER, lui tapant sur l'épaule gauche.

Je t'en remercie, mon bon Charles, et tu peux compter sur une bonne récompense... quoi qu'il arrive! Je savais le dessoin de Roland, et j'ai tout fait pour l'en détourner; mais ce jeune vaurien est le plus détestable entêté de France.

CHARLES

Vraiment?

OLIVIER

S'il n'était pas mon frère, je te dirais tous ses vices... envieux, hautain, perfide... Mais je dois taire tout cela, quoique je m'attende à être victime de ma bonté pour lui, car il trame sans cesse des complots contre ma vie.

CHARLES

Lui? C'est donc...

OLIVIER

Je ne peux pas tout te dire, il est mon frère! D'ailleurs, sa malice est tellement noire qu'elle te ferait dresser les cheveux sur la tète, et que je n'en puis parler moi-même sans que les larmes me viennent aux yeux. Je dois pourtant l'avertir que si tu ne lui casses qu'un doigt, tu pourras bien te repentir de ne lui avoir pas rompu le cou. II se vengera de son humiliation par tous les moyens: il ' rgera quelque traîtrise, il t'attirera dans quelque piège, il ne reculera pas mêmedevant le poison!... Tu comprends tout ce que je renferme en moi-même, il est mon frère ! Je suis forcé de te parler de lui avec indulgence; mais si je te dépeignais toute sa scélératesse, tu pâlirais d'effroi' autant que je rougis de honte.

CHARLES

Diantre! Je suis aise de vous avoir parlé. Allons, s'il cher-

che son mal, il aura son compte, et si je vous le renvoie sans béquilles, je veux ne jamais disputer le prix de la lutte. («

ivinuute au fond et ses aides viennent le préparer a la lutte.) OLIVIER, à part.

Ah! mon jeune coquin, vous en voulez tàter! Nous verrons si, demain, l'on dira encore de vous que vous êtes plein de qualités et de mérite, que vous apprenez tout sans être enseigné, et que vos nobles sentiments vous gagnent tous les cœurs. Nous verrons si mes gens vous obéiront plus qu'à moi-même, et si l'on fera encore de vous le cas que l'on devrait faire de moi Seul? (il remonte vers Charles.) JACQUES, a part, se levant.

0 détestable hypocrisie! Sur ma parole, les hommes sont encore plus méchants aujourd'hui qu'autrefois! (a Adam, qui revient par devant j 'estrade.) Ah! écoute, dis à ton jeune maître de ne point lutter avec Charles.

ADAM

Lutter, lui? Est-Ce que... (il regarde Olivier et Charles qui causent ensemble.)

Oui, oui, hâte-toi!... (Fanfare.] Est-ce là le cortège du duc

Frédéric? (l.e cortège commence à sntrer.) ADAM.

Et c'est le duc lui-même ; mais d'où savez-vous que Roland...

JACQUES

Je le sais. Va... cours! Détourne-le de cette sottise!

ADAM

Le voilà. Oh! Je l'emmènerai d'ici! (u va à itoiand qui »icnt par

la gauche * i il l'enomèi e.

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