ALEXIS. FULGENCE
ALEXIS
Eh bien, monsieur Fulgence, à quand le mariage?
FULGENCE, frui lement et restant près du pupitre.
Dans quelques jours, j'espère; le dernier Vian est publié.
ALEXIS
Ah çà, dépèchez-vous! car je vais aller à Paris, et je voudrais bien auparavant danser à votre noce.
FULGENCE . frottement.
Vous me faites honneur.
ALEXIS
Je vous fais mon compliment. Vous épousez une belle personne, et douce et honnête! Je suis son frère de lait; sa mère avait clé ma nourrice; nous avons été élevés ensemble, ma sœur, elle et moi : et... quoique ma sœur soit bien bonne, Victorine a toujours été la meilleure de nous trois. Vous ne trouverez pas mauvais que je lui fasse un petit cadeau de noces? Je sors ce matin pour cela.
FULG ENCE, avec roi leur.
Quoi! monsieur, ces vingt-cinq louis...
Cela ne vous regarde pas. Seulement il me faut... j'aime mieux avoir votre permission pour offrir qu *Ique chose a votre Gancée... et vous me la donnerez ?
FULG ENCE,
Monsieur... si ma femme...
ALEXIS, nuit avec un peu d'effort.
Ah! vous l'appelez déjà votre femme'?
FULGENCE, tout à fait troublé.
C'est trop tôt, j'en conviens... Si mademoiselle Victorine. .
ALEXIS. av,..c franchise.
Oh! Victorine ne me refusera p;is. Quand on est heureux, on n'est pas fier. On prend tout en bonne part. (Frappé de v«xpvcssio,! <ie Fuigence.) Vous mo paraissez contrarié, soutirant...
FULGENCE
Moi?...
ALEXIS, arec douceur.
Vous travaillez beaucoup?
FLLGENCE.
Ne faites pas attention, monsieur.
ALEXIS
C'est que je ne vous trouve pas l'air content , radieux . comme vous devriez l'avoir ; vous n'êtes pas comme Victorine. elle est gaie comme un merle; et tout à l'heure chez ma sœur, elle riait de la moindre chose.
FULGEXCE
Ali! elle est chez madame... elle rit?... Monsieur l'a déjà vue ce matin? [a pan.] Avant moi! toujours!...
ALEXIS
Mais certainement , et je l'ai complimentée sur sa bonne humeur.
FULGENCE, à part.
Oh! je quitterai cette maison dès que je serai marié!
SCF.NF. VI
FDLGENCE, ALEXIS, ANTOINE.
ANTOIN E, entrant de droite, posant les Tingt-rinq louis sur son bureau, et ouvrant un registre en s'asseyait.
Voilà ce que vous me demandez.
ALEXIS
Tu inscris cola ?
ANTOINE
Comment, monsieur, est-ce que j'oublie jamais d'inscrire quelque chose? Tenez, voilà vos comptes; j'écris jusqu'à un denier.
ALEXIS
Je n'en cloute pas. (jetant un coup a-œii sur u registre.) Ah ! tu m'as compté pas mal d'argent depuis deux mois?
ANTOINE
Je n'ai pas fermé le compte de celui-ci : j'en attends la fin.
ALEXIS
Et mon père a-t-il vu ce registre?
ANTOINE
Il l'a vu le mois dernier. Tous les mois je lui présente les comptes de sa maison.
ALEXIS
Et il n'a rien désapprouvé ?
Non, monsieur.
ALEXIS
S'il trouvait que je vais trop vite... tu me le dirais, Antoine ?
ANTOINE
Lui ? vous ne le connaissez guère !
ALEXIS
Eh bien, et toi? si tu étais mécontent de moi, il faudrait me le dire.
Vous moquez-vous ?
ALEXIS
Allons, tu veux me gâter aussi, toi ?
ANTOINE
Eh bienî qui donc sera gâté ici, si ce n'est pas vous, je vous le demande ?
ALEXIS, appuyant sa main sur l'épaule d'Antoine.
Dire qu'il y a des êtres qui valent mille fois mieux que nous et qui se font un devoir de nous rendre heureux!... Avez-vous encore vos parents, monsieur Fulgence?
FULGENCE
Non, monsieur; je les ai à peine connus A lexis.
Ah! je vous plains! vous ne savez pas ce que c'esl que
d'être aime! — Au revoir. Antoine, u :.., serre ia main et va pour