‹ Théâtre de George SandChapitre 8 sur 142 · FULGENCE, VICTORINE · texte numérisé non relu

FULGENCE, VICTORINE

VICTOR] m:.

Pourquoi êtes-vous triste. Fulgence? est-ce vrai, ce qu'il

dit?

FULGENCE

Je suis triste quand on me dit que vous êtes gaie.

Comment! vous voudriez que j'eusse du chagrin?

FULGENCE

C'est que vous n'êtes jamais gaie avec moi, Victorine, vous

gardez cela pour les autres.

VICTORINE

Si nous me rendez triste, ce n'esl pas ma faute.

FULGENCE. traversant, pour reporter un legbtre

Oh! ce n'est pas la mienne non plus!

V ICTOR1NE.

Et à qui donc. la faute ''

FULGENCE, à par».

El dire que je n'ose pas m' expliquer! elle a un air si sincère, si éloigné de ce que je pense!

VICTORINE

Vous me boudez? allons je vas prendre mon ouvrai

s'assied à gauche.)

FULG ENCE.

Je boude! quel vilain mol vous me dites là!

VH.TolUN E.

C'est vrai que j'ai tort: je ne sais pas pourquoi je vous l'ai dit... Ce n'est pas ma pensée.

FULGENCE, s'approchao) d'elle.

Connaissez-vous bien vos propres pensées, Victorine?

VI CTO H i m:.

Mais... je crois qu'oui ! Cependant... pas toujours peutôtre!... Tenez! je ne veux pas m'en faire accroire; je ne suis pas... commenj dirai-je? je ne suis pas comme vous, Fulgence.

FULGENCE

Comme moi ?

VICTORINE

Eh bien, oui. Je ne suis pas raisonnable, sensée, réfléchie comme vous. Je ne me rends pas compte de toutes choses, comme il me semble que vous le faites. Peut-être que j'ai été trop gâtée dans cette maison où tout le monde est si bon pour moi! On m'a toujours laissée faire et dire tout ce qui me passait par la tète. Alors, moi, je cède un peu à mes premiers mouvements sans trop pouvoir me les expliquer. Je suis gaie, je suis triste, je ris, je pleure; on s'en amuse, mon père se moque de moi, et moi je me moque aussi de moi-même, (se levant.) Eh bien ! cela ne vous rassure pas? On dirait que pour tout de bon, je vous afflige? mais ce n'est pas mon intention! Je vous dis tout cela. Fulgence, pour que vous ne vous inquiétiez de rien.

FULGENCE

Il y a pourtant une chose qui doit m'inquiéter.

VICTORINE

Dites-la, et si je peux m'en corriger...

FULGENCE

Oh! vous n'avez pas de torts. Vous êtes franche, bonne, je le sais! mais vous êtes si aimée, si choyée ici, que je crains de ne pas vous rendre aussi heureuse que vous l'avez toujours été... que vous ne me trouviez trop sensé, trop réfléchi, comme vous dites !

VICTORINE

J'y ai bien pensé quelquefois, à cela! Mais je n'y pensais pas dans le moment. Pourquoi me le rappelez-vous? on dirait. que vous voulez m'eflrayer sur l'avenir? Certainement on ne se marie pas sans quelque appréhension... mais vous m'ôtez la confiance, au lieu de me la donner!

FULGEXCE.

Ah! je suis maladroit, moi! je ne sais pas dire de tendres paroles, je ne suis pas habitué à cette vie de famille toute de douceurs, toute de miel, qu'on vous a faite ici ! Je suis sombre, désagréable... Vous ne pouvez pas m'aimer. Dites la vérité, Victorine, vous ne m'aimez pas?

VICTORIXE.

Je ne vous aime pas? Voilà que vous m'effrayez tout à fait. Fulgence? Pourquoi donc me dites-vous que je ne vous airiK1 pas?

FULGEXCE.

C'est que je n'ai encore jamais osé vous le demander, et que vous ne vous l'êtes peut-être pas demandé à vous-même.

VICTORIXE.

Mais il faut bien que je vous aime puisque je me marie

avec VOUS ! (Antoine entre et les écoute.)

FULGEXCE.

Oh! ce n'est pas une réponse!

VICTORIXE.

Je croyais que si! mon père vous aime, vous estime; je vous estime aussi, moi; et je veux vous aimer puisque c'est le désir et la volonté de mon père.

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