‹ Théâtre de George SandChapitre 72 sur 142 · JACQUES, CÉLIA, ROSALINDE, ROLAND · texte numérisé non relu

JACQUES, CÉLIA, ROSALINDE, ROLAND

(Rosaliuda paraît au food, Célia va au-devant d'elle et lui parie bas. ROLAND, à Jacques.

Mais si je vous jure que je ne lui disais point de mal de vous?

JACQUES

La raillerie nuit plus que le blâme, et je l'ai vue sourire.

ROLAND

Si vous persistez à ne pas me croire, c'est un démenti (pic vous me donnez, et je ne reculerai pas devant votre défi.

JACQUES

Allons donc! vous voyez bien que je vous attends!

ROLAND, perdant patiencu.

Soit! Votre entêtement m'afflige, mais je ne saurais supporter un démenti.

CÉLIA.

Arrêtez, Roland; voici quelqu'un qui vous défend cette violence.

ROLAND, voyant RosaUnde.

A.I1 ! (il déposo son épée aux pieds île RosaUnde. ) CÉLIA, à Jafqu»*.

Voilà votre ennemi désarmé : Rosalinde a plus de pouvoir

SUr lui que je n'en ai SUr VOUS. (jacques remet sou épée au fourreau.) ROSALINDE.

Vous êtes d'humeur querelleuse, sire Roland!

ROLAND

Rosalinde, ne croyez pas...

Quoi ! vous nie connaissez, monsieur? je peinais que vous ne m'aviez jamais regardée?

céli \.

Parclonne-lui sa ruse, il se moquait de toi!

JACQUES

Il aime fort le persiflage; une leçon lui sera utile.

Quoi! vous persistez? [a no,ar.n.ie.) Cousine, il faut mettre fin a cette querelle et dire ici la vérité.

R OS AL INDE

La vérité? je la demande. [Montrant u;, papier piié.) Pour qui sont ces vers ([ne .-ire Roland confie aux vents de la montagne. 'usant.) « A celle que j'aime!

« L'amour petit comme une abeille... »

(a Roland.) Ah! c"est là votre écriture et votre orthographe? Vouloir rimer et savoir à peine écrire! Mais à qui s'adresse ce chef-d'œuvre ?

JACQUES, montrant Célia.

A madame. Vous voyez qu'on n'ose pas le nier!

ROLAND . à Célia, qui lui fait signa de parler.

Non, en vérité, je n'ose pas.

CÉLIA, à Rosalin.le.

J'oserai donc pour lui. C'est toi qu'il aime. (Fanfare.)

ROSALINDE, ra.l!eus«.

Je n'en crois rien.

JACQUES, dépité.

Ni moi non plus.

ROSALINDE

Nous le confesserons plus tard. Quelqu'un vient ici.

Les Mêmes, TOUCHARD.

TOUCHARD

Nouvelles! nouvelles! grandes nouvelles! jaques va regarder au

fond.)

CÉLIA.

Qu'est-ce donc?

TOUCHARD

Monté sur la cime d'un arbre où j'avais été prendre le frais, j'ai vu accourir dans un flot de poussière un cavalier couvert d'écume, sur un cheval dont j'ai reconnu la figure, et...

CÉLIA.

Trêve de folies! D'où vient cette fanfare?

JACQUES, a Céiia.

C'est votre oncle qui vient ici.

TOUCHARD

Oui, c'est le vieux duc... 0 néant des choses humaines! L'un monte, l'autre descend!... Un prince jette son sceptre aux orties...

CÉLIA.

Qlie diS-tU? mon père... (Elle remonte .-..-devant du duc.) TOUCHARD.

Votre père n'en est pas plus malade pour cela ; mais bien des fortunes vont être changées! Moi, je va? demander la seigneurie des Ardennes, et faire pendre mon petit Guillaume.

Les Mêmes, LE DUC, AMIENS.

LE DUC, à Célia.

Oui, ma chère nièce, mon frère s'est remis en paix avec lui-même.

CÉLIA.

Il abdique, il se repent ?

LE DUC

Il vous rappelle pour vous bénir, il me restitue mes biens. Cette lettre qu'il m'écrit de sa propre main...*

JACQUES

N'est-ce point un piège pour ramener sa fille?

CE LIA

Non, mon père ne fut jamais fourbe.

LE DUC

Hélas! revoir le monde et recommencer les jours d'une amère expérience! Jacques, mon sévère conseiller, que ferais-tu à ma place?

JACQUES, passant au duc.

Le monde n'est que vanité, l'homme n'est que folie; mais, plus le mal est grand, plus le médecin a de zèle. Monseigneur, vous avez trouvé ici la sagesse et la science; ce sont des dons de Dieu qui ne doivent pas demeurer stériles. Allez donc enseigner ce que vous avez appris, et que la vérité, cette plante précieuse et rare, découverte dans la solitude et cueillie dans la méditation, devienne entre vos mains le dictame versé sur les misères humaines!

* Jacques, Célia, le duc, Rosalinde, Roland.

CBL I A.

Ainsi, ma Rosalincle, ma princesse, ma souveraine! Je te vais prêter foi et hommage! mais tu permettras (e\u fait signe à Roland.) qu'un de mes amis prenne place à tes genoux.

LE DUC, d'un ton tévère.

Attendez, sire Roland! je sais que vous osez aspirer à toucher le cœur de ma fille. Vous portez un beau nom, un nom qui m'est cher, mais j'ignore si votre conduite mérite mon estime.

ROLAND, vivement.

Quelqu'un peut-il m'accuser d'une action lâche ou mauvaise ?

LE DUC

Oui, monsieur, quelqu'un vous accuse et vous réclame, (a Amiens.) Faites approcher la personne qui, tout à l'heure, dans la forêt, m'a remis la lettre de mon frère.

ROLAND

Qui donc OSe prétendre... (il va impétueusement au-devant d'Olivier,

qui paraît.

LES MÊMES, ADAM, OLIVIER, avec quelques hommes i lui, qui tiennent Adam, les mains liées, AU D RE Y, GUILLAUM E,

CHARLES, suite et amis du duc, paysans, o:c.

ROLAND

Quoi! mon frère aîné... et mon vieux Adam? Monsieur, pourquoi cet indigne traitement au fidèle serviteur de notre

famille ! (Tirant son couteau de chassa et approcUant d'Adam.) Ah ! je COU-

perai ces liens qui meurtrissent ta chair!

* Célia, Rosalinde, Charles, Roland, Olivier, le duc, seigneurs.

LE DUC, à KolanJ.

Arrêtez, monsieur. Vous êtes trop habitué à compter sur vous seul. Il vous faut respecter d'autres lois que celles de votre volonté, a ses gens, montrant Ad..m.) Déliez cet homme; mais qu'il soit garde. Je ne l'ai encore ni condamné ni absous, on délie A.iam. - a o:ir:er.) Parlez, messire Olivier des Bois; que reprochez-vous à ce vieillard ?

OLIVIER

Monseigneur, je lui reproche de m'avoir dérobé de l'argent pour aider ce jeune homme à fuir et à assouvir ses mauvaises passions.

Aussi vrai que le ciel est au-dessus de la terre, je jure que j'ai fidèlement gagné au service de mon vieux maître l'argent que j'ai supplié son jeune fils d'accepter pour se soustraire par la fuite à... Mais je ne veux rien dire de plus: lui aussi est

le fils...

ROLAND

Tu as raison, mon ami: cachons nos peines, et justifionsnous simplement. Monseigneur, j'ai quitté mon frère pour venir me mettre à votre service, et ce n'est pas en quelques jours d'une marche pénible et rapide que j'aurais pu me conduire en méchant homme.

olivi i:h.

J'ai donné ces raisons pour vous en épargner de pires. Puisque vous m'y forcez, je dirai tout. Vous m'avez menacé, vous avez voulu attenter à ma vie!

JACQUE S

Cela est faux, messire; c'est le contraire qui a eu lieu.

LE DUC, bas a Jacques.

Attendez, mon ami, je veux éprouver ces deux frères. 'îuut.j Parlez, Olivier.

OLIVIER . a Holand.

Nierez-vous que vous ayez porté la main sur moi et tenté de m'étrangler?

JACQUES

Non, messire, il n'a fait que se défendre, et il vous a pardonné, (au duc] J'étais présent.

LE DUC, à Olivier, montrant Jacques.

Olivier, vous êtes accusé par une personne digne de foi. Je vous condamne !

BOLAN D.

Non, monseigneur, ne vous mêlez pas de cela, je saurai bien me défendre moi-même de son aversion.

LE DUC

Mais moi, monsieur, je suis souverain et justicier, à cette heure, (a ses gens.) Emparez- vous de lui (u montre oiwie»] et qu'il soit précipité du haut de cette roche.

ROLAND, s'élançaut.

0 ciel ! arrêtez ! il est mon frère !

CHARLES, sortant du groupe qui accompagnait O'irier à son entrée , et qui l'abandonne avec empressement aux gens du duc.

Moi aussi, je rendrai témoignage contre lui. Il voulait me payer votre mort !

ROLAN D.

Ah! ne voyez-vous pas que vous serez cause de la sienne? Tais-toi, tais-toi, Charles ! Rétractez-vous, Jacques !

JACQUES, à Roland.

Oubliez-vous qu'il vous a refusé toute éducation, qu'il voulait vous avilir, qu'il vous accablait d'outrages?...

ROLAND

Ne le faites pas mourir. Je ne me souviens plus de tout cela. J3 suis son frère !

LE DUC

Mais s'il est innocent, vous ne l'êtes plus, et je vais vous

replacer sous sa tutelle, afin qu'il châtie à son gré votre rébellion.

ROLAND . à genoux.

Faites de moi ce que vous voudrez, mais ne faites pas mourir mon frère !

LE DUC, à sus gens, montrant Olivier.

C'en est assez, qu'il soit libre ! Messire Olivier, nous n'avions pas dessein de vous ôter la vie. Nous voulions tenter une épr uve, et, à présent, nous savons lequel de vous est un cœur magnanime. Nous aurons l'œil sur vous, messire. Et maintenant, Jacques, allons nous préparer au départ.

»■ JACQUES

Moi, vous suivre dans la grandeur!... Non, vous êtes heureux, je reste ici pour toujours.

LE DUC

Tu m'abandonnes ?

JACQUES

Il le faut.

LE DUC

Mon meilleur ami !

CE LI A, bi's au duc.

Il vous restera fidèle... Laissez-moi seule avec lui.

LE DUC

Allez, messieurs!... Quanta Roland, il sera notre gendre, si ma fille l'agrée.

ROLAND

Ah ! Rosalinde!... Je ne mérite pas...

ROSALINDE

Nous y penserons.

CE LIA, à itolanJ.

Emmenez-la, je vous suis, (jacques s'est ass,s à droite.)

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