GUILLAUME, AUDREY, TOUCHARD, CÉLIA, JACQUES
CE LIA
Bonne Audrey, prends ces bijoux pour ta dot! (sue lui donne
ses bracelets.)
TOUCHARD
Et le mari?
CÉLIA.
Qui aime-t-elle?
TOUCHARD, se désignant et B'avançanl vers AudroT. C'est... (Guillaume, à qui Anilroy a pris le bras, le regarde d'un air
menaçant.) C'est lui! à llli les événements ! fil les suit dans la
maison.)
CÉLIA, JACQUES.
CELIA, à Jirques assis à droite.
Adieu, Jacques!
JACQUES, tressaillant.
Adieu, madame!
CELIA, s'êloignant et le regardant toujours.
Adieu !
JACQUES, sans la regarder.
Adieu! Ill cache son visage dans ses mains.) CÉLIA, s'arrétant.
Vous allez donc rester là, tout seul?
JACQUES
Et que ferais-je ailleurs, je vous le demande? Oui, celte
cabane que vous quittez est à moi. Je m'y établirai seul, tout seul, pour le reste de ma vie, et je n'aimerai plus rien que les arbres qui vous ont vue passer sous leur ombre et l'herbe que vos pieds ont foulée.
CÉLIA.
.Mais, avant qu'il soit trois mois, les arbres perdront leur feuillage, el l'herbe ne conservera pas trois jours la trace de mes pas?
JACQUES
Allez-vous-en. c'est assez comme cela, je ne veux plus vous
VOIT, (c^lia Tient doucement derrière lui et pose ses deui mains sur les e'paules iio Jicques. -Avec humeur et désespoir.] Que me VOUleZ-VOUS ? CÉLIA.
.Vlions, refaisons notre marché : donnez-moi cette existence désespérée... et suivez-moi.
JACQUES
Non. madame, je ne vous avais point vendu mon âme. elle était morte! Mais elle s'est ranimée, elle vit. elle souffre!... Elle périrait enchaînée à vos caprices: elle m'apoartient, je 'a reprends, que vous importe? o i -- • .
CÉLIA.
Que ferais-je donc de la mienne, si vous m'abandonnez?
Que dites-vous ?
CÉLIA.
Je dis qu'une femme loyale ne saurait prendre sans donner, et qu'en voulant m'emparer de vous je me suis livrée rnoimème.
JACQUES
Célia ! ... Non! vous raillez! je ne suis plus jeune !...
C É LIA
Vimez-vous?
1 A CQUES.
Je suis pauvre, triste, mécontent de toutes choses...
CELIA
Vous n'aimez donc pas?
JACQUES, transporté.
Ah ! tenez! vous avez raison ! Je suis jeune, je suis riche . je suis gai, je suis heureux. Oui, oui, le firmament s"embrase là-haut et la terre fleurit ici-bas! Je respire avec l'amour une vie nouvelle, et mes yeux s'ouvrent à la vérité ! Qui ? moi, mélancolique ? Non ! je ne suis pas un impie ! Le ciel est bon. les hommes sont doux, le monde est un jardin dé délices et la femme est l'ange du pardon... (,i tombe à ses pieds.) si je ne rêve pas que vous m'aimez !
CÉLIA.
11 doute encore !... Jacques, par les roses du printemps, par la virginité des lis, par la jeunesse, par la foi, par l'honneur, je vous aime! A présent, voulez-vous me quitter?
Non, jamais! car je t'aime aussi ! Oh! la plus belle parole que l'homme puisse dire : Je t'aime !...
CÉLIA.
Eh bien ! puisque mon père n'est plus ni riche, ni puissant .. puisque, grâce au ciel, je puis être à vous... suis-moi !